Taika Waititi Hitler Jojo Rabbit
2019 Twentieth Century Fox

Le réalisateur s’est exprimé sur sa satire hitlérienne : il voulait montrer la guerre et les comportements adultes, du point de vue des enfants.

Jojo est un jeune garçon timide, vivant au cœur de l’Allemagne nazie. Alors que tout le monde s’emploie à lui apprendre comment être un bon citoyen pendant son camp de vacances militaire, sa solitude le pousse à se créer un ami imaginaire… sous les traits d’Adolf Hitler lui-même. Pour l’occasion, c’est le réalisateur Taika Waititi qui incarne le personnage. Mais ce dernier se comporte non pas comme l’homme politique historique, mais plutôt comme un enfant d’une dizaine d’années, puisque créé par l’esprit d’un petit garçon. Un rapport à l’enfance dont tout le film est imprégné et qui définit le récit.

C’est ce qu’a affirmé le cinéaste auprès de The Hollywood Reporter : "Je voulais raconter une histoire dans laquelle les enfants sont témoins du comportement des adultes, surtout en temps de conflit et de guerre. Parce que je n’ai jamais vu de films comme ça, quand il est clairement dit qu’on nous montre les faits par le regard d’un enfant. C'est devenu essentiel pour moi après que je sois devenu père et ai réalisé que les petits nous regardent constamment, qu'ils se tournent toujours vers nous pour obtenir des conseils, de la sagesse et des leçons de vie. Parfois nous les décevons, mais là où cette déception peut atteindre son paroxysme, c'est en temps de guerre. Parce que c’est une chose absurde, elle n'a aucun sens, et nous donnons forcément un mauvais exemple aux gamins qui reproduisent ensuite notre comportement."

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L’inspiration du réalisateur est venue en partie d’un rapport d’études, indiquant que 41% des Américains en général n’avaient jamais entendu parler d’Auschwitz. Parmi les plus jeunes, les statistiques montent à 66% d’après Waititi, affligé que les promesses de ne jamais oublier le drame ne soient pas tenues, et espérant contribuer au souvenir avec son œuvre. Une œuvre qu’il voulait justement à tout prix parodique, afin de traiter une des périodes les plus sombres de l’histoire : "La seule vraie façon de combattre les brutes, c'est de le faire avec humour. La comédie est une arme très, très importante contre le sectarisme, la haine et l'intolérance, et nous devons continuer à l'utiliser parce que c'est un excellent moyen de désarmer les personnes belliqueuses et de créer suffisamment de failles dans leur système de croyance."

Les jeunes interprètes ont également donné leur avis sur la question. Roman Griffin Davis a accepté d’incarner Jojo pour faire ses débuts en tant qu’acteur, convaincu lui aussi que le rire aurait un pouvoir suffisant dans l’histoire. "C’était risqué," estime-t-il, avant de rajouter : "Mais le message est fort et il est assez pertinent aujourd'hui. Je pense qu'il est intéressant de montrer aux enfants à quel point il est facile de les manipuler." Pour Thomasin McKenzie, campant une adolescente juive dans le film, le choix du sujet n’a rien d’indécent : "Cela fait 80 ans que Le Dictateur de Charlie Chaplin est sorti, alors à mon sens, Jojo Rabbit ne sort pas trop tôt est n’est pas inapproprié".

La comédie de Taika Waititi sortira le 29 janvier dans les salles françaises. Aux États-Unis, elle est attendue pour ce vendredi 18 octobre.

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