Justice League : Snyder Cut
HBO Max

Zack Snyder propose son propre montage du film de super-héros dont il avait dû quitter le tournage. Loin d’être parfait, mais à mille lieues de la version de Joss Whedon.

On connaît désormais l’histoire par coeur : en odeur de sainteté jusqu’à l’échec critique de Batman V Superman, Zack Snyder était devenu un électron libre compliqué à gérer pour Warner Bros. Alors que le tournage de Justice League battait son plein, le studio avait dépêché deux executives sur le plateau, espérant reprendre le contrôle sur la vision - trop sombre à leur goût - du cinéaste. Une épine dans le pied dont Snyder semblait prêt à s’accommoder, mais le tragique suicide de sa fille l’a soudainement écarté du projet en plein milieu de sa production, l’obligeant passer le relai à Joss Whedon, qui avait fait ses preuves chez Marvel (Avengers, Avengers : L’Ère d’Ultron). En 2017 sortait donc Justice League, blockbuster bas du front, reshooté aux trois quarts, monstre de Frankenstein vidé de sa substance et conspué par à peu près tout le monde.

L’histoire aurait dû s’arrêter là, mais Zack Snyder a progressivement lancé la riposte à travers les réseaux sociaux, laissant entendre qu’il conservait des heures et des heures de rushes qui n’attendaient qu’à être montées. Les fans, en extase, ont milité jusqu’à ce que Warner décide de donner sa chance au projet, avec un joli chèque de 70 millions de dollars pour tourner quelques scènes supplémentaires et finir les effets spéciaux. Un investissement essentiellement consenti pour faire la promotion du service de streaming maison, HBO Max, sur lequel ce Zack’s Snyder Justice League sort aux États-Unis (chez nous, il faudra l’acheter en numérique ce 18 mars ou bien attendre la location VOD, à la fin du mois).

C’est donc un objet filmique quasiment unique dans l’histoire d’Hollywood qui nous est proposé, mastodonte de quatre heures (quatre heures !) en forme de résurrection aussi invraisemblable que son format 4/3 (quel intérêt ?). Évacuons d’emblée la question centrale : oui, Zack’s Snyder Justice League est un bien meilleur film que le montage de 2017. Pas un chef-d’oeuvre, même pas le meilleur superhero movie de ces dernières années, mais un projet enfin cohérent, pas dénué - osons le dire - d’une certaine poésie. Le script est toujours basé sur la quête des puissantes Mother Boxes, sortes « d’ordinateurs vivants » capables de remodeler une planète comme l’entend leur propriétaire. Un MacGuffin un peu faiblard, mais qui permet à Snyder d’introduire comme il se doit Darskseid, méchant vraiment très méchant, capable de donner des sueurs froides à la team de Batman. L’esthétique snyderienne est à son comble, ralentis et CGI à fond les ballons, pour le meilleur (la très énergique séquence où Wonder Woman sauve des écoliers d’une prise d’otage) comme pour le pire (l’attaque contre la « base » de Steppenwolf, aussi hideuse qu’à l’époque). 

Du spectaculaire à outrance comme Snyder sait le faire, mais toujours connecté à un récit largement aéré par rapport à la version précédente, faisant tranquillement monter les enjeux sans jamais ennuyer (un petit exploit sur cette longueur). Les personnages principaux y gagnent beaucoup, notamment les deux grands oubliés de la version de Joss Whedon, Cyborg (Ray Fisher, ici au coeur du scénario) et Flash (Ezra Miller), dont les daddy issues XXL portent le film. Car il n’est question dans Zack’s Snyder Justice League que de rapports filiaux compliqués, de deuil à faire, de rédemption, de quête de sens… Au-delà de la catharsis, évidente (le film est d’ailleurs dédié à sa fille), Snyder signe un long-métrage au fond très mélancolique, sur des dieux questionnant leur statut de sauveurs d’une humanité dont ils sont pourtant coupés. « L’union fait la force », mantra un peu ridicule de la version charcutée de 2017, devient ici un ressort émotionnel efficace.

Jusqu’au-boutiste dans ce projet un peu dingo, le réalisateur a même imaginé une fin ouverte - les deux seules séquences tournées pour l’occasion -, post-scriptum alléchant et teaser d’une suite qu’on ne verra probablement jamais. Reste une grande interrogation : aurait-on regardé ce montage avec la même indulgence si l’on n’avait pas pu le comparer à l’infâme bouillie de Whedon ?

Zack’s Snyder Justice League, disponible en achat numérique le 18 mars et en location VOD le 31 mars.