The Irishman
Netflix 2019

La plateforme de SVOD n’a pas réussi à trouver une entente pour une sortie au cinéma du prochain film de Martin Scorsese.

La guerre des plateformes de streaming bat son plein : Disney a déjà fixé une date de lancement pour Disney+, Apple prévoit de prendre les armes cet automne avec Apple TV+ et WarnerMedia et ComCast font également des préparatifs, démarrant la production de longs-métrages et séries. L’un des nerfs de la guerre ? Les cinéastes de renom. Comme Martin Scorsese et son Irishman produit par Netflix.

Initialement prévu pour être produit par la Paramount, le film a finalement été racheté par le géant de la SVOD. Un achat qui lui aura coûté 105 millions de dollars, en plus d’un budget de plus de 125 millions de dollars. Son casting cinq étoiles et la technologie de rajeunissement n’y sont pas pour rien : Robert De Niro, Al Pacino, Harvey Keitel ou encore Joe Pesci auront droit à un petit lifting, dont les premiers résultats sont déjà visibles dans la bande-annonce. Pour le moment, le réalisateur se concentre sur les derniers détails de la post-production, dans le but de présenter son œuvre terminée à l’avant-première du New York Film Festival.

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Pourtant, ce film porté par un cinéaste et des acteurs de légende pourrait bien ne jamais sortir en salles, même aux États-Unis. D’après le New York Times, la faute revient à un désaccord entre les exploitants et Netflix sur la durée d’exclusivité. Pour des créations comme Roma d’Alfonso CuarónLa Ballade de Buster Scruggs des frères Coen ou encore Bird Box de Susanne Bier, la plateforme s’était montrée plus souple avec les petites salles indépendantes en leur accordant entre une semaine et 21 jours d’avance sur la diffusion en ligne. Elle se heurte cette fois à des exigences plus gourmandes. Finies les petites salles, Netflix a voulu négocier avec de grands exploitants pour la sortie du film tant attendu par les fans, comme la chaîne de cinémas d’AMC Theatres qui possède 11 000 écrans dans le monde, ou Cineplex et ses 1600 salles au Canada. Les 21 jours ne sont pas suffisants pour ces grandes sociétés : elles exigent trois mois d’exclusivité, ce que Netflix refuse en bloc.

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Le mois dernier, l’action de Netflix a chuté de 12%, alors que le site de SVOD enregistrait sa première baisse conséquente d’abonnés depuis 2011. Pourtant, douze milliards de dollars ont été dépensés par le géant du streaming dans le but de conserver une longueur d’avance sur ses concurrents. Des sommes importantes ont été versées pour accueillir des producteurs et showrunners, comme par exemple David Benioff et D.B.Weiss de Game of Thrones. Et le budget films a lui aussi explosé : 55 longs-métrages ont été financés en 2018, sans compter les documentaires et films d’animation. Des réalisateurs prestigieux ont tenté l’aventure avec la plateforme : Noah Baumbach s’apprête à sortir Marriage Story avec Adam Driver et Scarlett Johansson, Steven Soderbergh finalise son drame The Laundromat avec Meryl Streep. Ron Howard et Guillermo del Toro ont eux aussi rejoint les équipes du site.

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Et malgré ces figures célèbres du grand cinéma, Netflix continue de se montrer frileux à l’idée de laisser l’exclusivité aux salles. En France, la chronologie des médias plaçant le SVOD en dernier dans la longue file d’attente de la diffusion avait dissuadé la compagnie de sortir Okja, de Bong Joonh-Ho. Pour Crazy Rich Asians, le réalisateur Jon M. Chu et l’auteur du roman original avaient même décidé de se tourner vers la Warner Bros. en abandonnant le site de streaming, souhaitant voir leur film dans le plus de salles possibles. La comédie romantique avait alors rapporté près de 240 millions de dollars au box-office mondial. Les choix de Netflix sur l’exploitation en salles ont donc bien un coût, ce qui confirme les dires de la société de services financiers Barclays, dans un rapport de janvier : "Bien que la sortie directe d’œuvres à petit budget sur Netflix soit économiquement raisonnable, nous estimons que les films de franchise doivent inclure la sortie en salles à grande échelle pour optimiser les retours sur investissement."

De son côté, Martin Scorsese en est à son deuxième film pour la plateforme, après avoir signé Rolling Thunder Revue : A Bob Dylan Story by Martin Scorsese. Ce documentaire est sorti simultanément en salles et en streaming en juin aux États-Unis. Mais pour Killers of the Flower Moon avec Leonardo DiCaprio, le réalisateur est revenu vers la Paramount.

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