Sully Aaron Eckhart
Warner Bros

Le co-pilote de Sully nous dit tout (et rien) sur le nouvel Eastwood.

A l'occasion de la diffusion de Sully, ce dimanche sur TF1, nous republions une interview sympathique d'Aaron Eckhart, qui épaule Tom Hanks. Première l'avait rencontré juste avant la sortie du film, fin 2016.

Aaron Eckhart : (dans un excellent français mâtiné d’accent US) Bonjour, comment allez-vous ? Je suis ravi de vous rencontrer.

Première : Ah, mais vous parlez super bien français…
(toujours en français) Oui, quand j’étais jeune, je voyageais en France, j’étais à Toulon, Aix-en-Provence, Montpellier, Besançon… Et puis j’ai arrêté de parler et j’ai oublié. Mais il y a quatre ans, j’ai décidé de m’y remettre. Chaque jour, je me lève, je me fais un café, et je lis tous les journaux en français. Le Monde, Le Point, n’importe quoi…. Quand j’ai une recherche à faire sur Internet, je la fais en français. Chaque soir, pendant que je dors, j’écoute France Info. Toute la nuit ça court. J’essaye de mémoriser des phrases, je note des mots dans un carnet – j’ai déjà six carnets – et quand je viens chez vous, j’essaye de parler, mais je suis timide. Very shy. Bon, vous me comprenez quand même ?

Très bien. Franchement, je suis impressionné. Mais si vous lisez Le Monde tous les jours, vous devez avoir une opinion sur la vie politique française, non ?
(en français, encore) Je les connais tous. Valls, Hollande, Le Pen… Mais je ne m’intéresse pas spécialement à la politique. Je lis tout : Cosmopolitan, bricolage, tronçonneuse, immobilier… J’essaye d’avoir un vocabulaire très large. Je peux lire comme un coup de foudre ! Ça se dit, ça ? Ça me relaxe. C’est comme les mots croisés.

Vous devriez venir tourner chez nous, je suis sûr que plein de metteurs en scène français aimeraient vous avoir dans leur film…
(repassant à l’anglais) J’adorerais. Jouer l’Américain dans un drame romantique à Paris. Mais je veux d’abord être sûr que tout le monde me comprendra. Je n’arrive par exemple pas encore très bien à faire la différence entre au-dessus et en… comment on dit déjà ?

Dessous ?
Dessous, voilà. Il faut que j’arrive à parler comme vous, avec l’avant de ma bouche (il met sa bouche en cul de poule). John Malkovich fait ça très bien.

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Bon. On parle de Clint Eastwood ?
Oui. Désolé, c’est ma faute, ton interview risque d’être un peu merdique ! Ecoute : travailler avec Clint, c’est clairement l’un des temps forts de ma carrière. Je suis comme tout le monde, je suis fan. J’étais toujours dans ses pattes : « Hey, boss, raconte-moi une histoire », ce genre de trucs… Mais il ne parle pas beaucoup. Il ne se la raconte pas. Le mec est au top de l’une des industries les plus compétitives de la planète depuis soixante ans. Soixante ! Personne n’est aussi iconique que lui. Personne n’a cette gueule. Il écrit même la musique de ses films ! C’est un génie et pourtant il ne se vante pas. Alors que tout le monde bombe le torse à Hollywood, lui reste humble, mystérieux. Il enchaîne les films, qui sont systématiquement des succès critiques et commerciaux. Il ne les finit jamais en retard, ne dépasse jamais le budget. C’est une énigme. Et c’est ce qui fait sa grandeur.

Vous avez vraiment un rôle casse-gueule dans Sully. Vous n’êtes même pas l’antagoniste, juste le bon copain du héros…
Oui. Ça ne me dérange pas. Sully est le personnage principal. Et la mission de tous les autres personnages du film, c’est de se définir par-rapport à lui, de raconter son histoire, et d’aider le public à le comprendre. Donc, sur le plateau, je regardais ce que faisait Tom et j’ajustais ma performance en fonction. Quand Sully parle, je l’écoute, mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas vivant ! A Hollywood, trop d’acteurs ne sont motivés que par leur ego, ils veulent juste voler des scènes. Mais Clint Eastwood ne m’a pas engagé pour voler des scènes à Tom Hanks ! Il faut parfois de l’humilité pour faire ce métier, parce que ce n’est pas toujours toi que les gens viennent applaudir. Si on me demande d’être humble, je suis humble. Si on me demande d’être dans la lumière et de briller, alors je brille. Je connais mon métier, je n’ai pas de problème avec ça.

La moustache, ça aide à définir le personnage ?
Ah, ah ! Je me doutais qu’on allait en parler. Bon, déjà, j’interprète quelqu’un qui a réellement existé. Et il se trouve que cette personne avait une moustache. Une très grosse moustache. Mais je ne me doutais pas qu’elle allait autant faire parler d’elle… Sur Twitter, Facebook, ça fait beaucoup causer. L’autre jour, à l’aéroport, un type s’est approché de moi et m’a dit en chuchotant : « Bravo pour la moustache. » Euh… OK.  Ça avait l’air d’avoir remué quelque chose chez lui. Bon, c’est vrai qu’elle est belle. Et très grosse. Pendant le tournage de Sully, elle avait même réclamé une loge rien que pour elle.

Bande-annonce de Sully, de Clint Eastwood, avec Tom Hanks et Aaron Eckhart :