Une fille facile
Julien Torres / Les Films Velvet

Propulsée sous le feu des projecteurs, Zahia Dehar dévore tout cru ce conte amoral récompensé à la Quinzaine des réalisateurs.

D’un côté, Rebecca Zlotowski (Planetarium), cinéaste à la cérébralité affirmée. De l’autre, Zahia Dehar, ex-escort girl ultra-médiatisée pour une affaire de mœurs, au physique qui ne laisse pas indifférent. De ce choc des apparents contraires naît un conte amoral, le portrait sans fard de la féminité et du rapport à l’émancipation sexuelle dans une époque où l’on croit – à tort – tous les tabous envolés. Sofia (qu’incarne impeccablement Zahia Dehar) se sait attirante et, grâce à son corps, vit la vie dont elle a envie : des moments de luxe éphémères aux bras et dans le lit d’hommes riches. Une relation où chacun trouve son compte, où il n’y a ni chasseur ni proie, ni dominant ni dominé. Pour raconter cette drôle de liberté-là, la réalisatrice suit au plus près son héroïne. Elle sait être crue sans réduire le spectateur au rang de voyeur, mais en montrant que ce qui constitue Sofia/Zahia, ce sont bien plus les fantasmes et les a priori projetés sur elle que ce qu’elle est réellement – et qui reste d’ailleurs un mystère ; comme un puzzle dont des pièces auraient mystérieusement disparu. Zahia constitue le cœur, le corps et l’âme du film, qui perd d’ailleurs de sa puissance dès qu’elle quitte le cadre. Le choix de faire vivre ce récit à travers le regard de sa cousine de 16 ans le fait trop souvent bifurquer vers le registre plus banal de la coming of age story. Mais, sur la longueur, le film sait résister à cet écueil, car il est peuplé de seconds rôles épatants (Benoît Magimel en tête) et est dévoré tout cru par son actrice/inspiratrice.

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