Chantons sous la pluie
MGM

Ce chef d’œuvre de la comédie musicale est à l’honneur ce soir de « Place au cinéma » sur France 5, présenté par Dominique Besnehard

Un film de commande

Chantons sous la pluie raconte le Hollywood des années 20 et, plus particulièrement la transition compliquée du film muet au film parlant à travers un duo star du cinéma muet et une jeune chanteuse engagée comme doublure vocale qui va petit à petit interférer entre eux. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, ce chef d’œuvre de la comédie musicale était quasiment au départ un simple film de commande. Parolier à succès, son producteur Arthur Freed a en effet souhaité trouver une histoire pour y intégrer un maximum de chansons qu’il avait écrites à la fin des années 20 avec le compositeur Narcio Herb Brown, déjà entendues dans plusieurs films. A commencer par celle qui va lui donner son titre : Singin’ in the rain, présente dans Hollywood chante et danse de Charles Reisner en 1929. Pour écrire le scénario, Freed fait appel aux scénaristes Betty Comden et Adolph Green qu’il a déjà employés sur Un jour à New- York, le premier long métrage co- réalisé par Stanley Donen et Gene Kelly en 1949. Le duo n’est guère emballé mais forcé d’accepter la proposition car sous contrat. Il tâtonne. On leur adjoint le tandem Donen- Kelly. Ils pensent un temps se lancer dans une transposition musicale de Mademoiselle Volcan où Jean Harlow incarnait une star cherchant à fuir le bruit et la fureur d’Hollywood. Mais ils décident finalement de raconter la création d’un film au fil d’un récit qui évoque… un film français, sorti six ans plus tôt, en 1946 : Etoile sans lumière de Marcel Blistène. Edith Piaf y incarnait une femme de ménage engagée pour doubler une star du cinéma muet dont la voix passe mal dans le cinéma parlant.

Un ange gardien nommé Fred Astaire

Pour tenir le rôle de la jeune danseuse engagée comme doublure vocale face à Gene Kelly, les noms de Judy Garland et Leslie Caron ont un temps circulé. Mais le patron de la MGM, Louis B. Mayer, ne veut pas entendre parler. Il a déjà fait son choix : une toute jeune comédienne sous contrat avec le studio qui n’a encore jamais tenu de rôle principal, Debbie Reynolds. Cette décision rend Gene Kelly fou de rage. Il ne veut pas d’une actrice inexpérimentée. Et comme Mayer ne cède pas, Kelly va lui faire vivre l’enfer pendant les trois mois de préparation à raison de 8 heures par jour d’entraînement intensif. Puis sur le plateau où il se montre odieux avec elle. « Ce tournage et la naissance de ma fille – Carrie Fisher – furent les deux moments les plus éprouvants de mon existence », répètera t’elle souvent. Et un jour, totalement à bout, elle quitte le plateau pour se réfugier fondre en larmes sous un piano. C’est là qu’un homme qui passe par là entend ses sanglots et entreprend de la consoler : Fred Astaire, en tournage de La Belle de New- York sur le plateau d’à côté. Astaire lui donne des conseils et va même la coacher sur ses chorégraphies pendant les jours qui suivent. Sans lui, a-t-elle un jour avoué, elle ne serait sans doute pas allée au bout de l’aventure.

Un triomphe au long cours

Né dans la souffrance, Chantons sous la pluie n’atteint pas les sommets du box- office à sa sortie en 1952. Il trouve certes son public avec des recettes trois fois supérieures à son budget mais il fait tout juste jeu égal avec Un Américain à Paris de Vincente Minnelli et reste bien en deçà du score de Show Boat de George Sidney. Et surtout, dans la foulée, il est boudé aux Oscars, ne décrochant que deux nominations (la musique de Lennie Hayton et Jean Hagen en second rôle) non récompensées d’une statuette et en étant absent de la catégorie meilleur film (trophée remporté cette année- là par Sous le plus grand chapiteau du monde de Cecil B. De Mille face à L’Homme tranquille, Ivanhoé, Moulin Rouge et Le Train sifflera trois fois). Et ce alors qu’Un Américain à Paris s’était imposé l’année précédente. C’est le temps qui saura replacer Chantons sous la pluie à sa vraie place dans l’histoire du septième art.