Jean-Pierre Jeunet accuse Harvey Weinstein de l'échec de son dernier film
Gaumont

La promotion de T. S. Spivet a été sacrifiée, selon son réalisateur.

Jean-Pierre Jeunet a rejoint le club des adversaires d'Harvey Weinstein en février 2015, l'accusant (vous pouvez le relire ici) d'avoir saboté les chances du Fabuleux destin d'Amélie Poulain pour l'Oscar. Et voilà qu'il en remet une couche. Dans une interview à Sydney's Buzz, le réalisateur tient le producteur pour responsable de l'échec américain de son dernier film, L'Extravagant Voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet. Aux Etats-Unis, une seule bande-annonce a été projetée le 31 juillet dernier, jour de la sortie américaine du road trip juvénile et onirique T.S. Spivet. Même pas de projection à destination des journalistes ni de promo sur le web. Rien. Résultat, le film a récolté 76 878 dollars dans seulement 100 salles. Un gros flop passé inaperçu...

T. S. Spivet : L'ambitieux film de Jean-Pierre Jeunet qui ne méritait pas de faire un flop [critique]

"Ils (NDLR : ceux de la Weinstein Company) avaient un contrat avec Netflix pour sortir le film dans 100 salles, ni plus, ni moins, raconte Jean-Pierre. C'est la seule raison pour laquelle ils ont sorti le film. Pour conserver le contrat et de bonnes relations avec Netflix. C'est sûrement aussi parce que Harvey Weinstein est toujours en rogne car j'ai refusé de remonter mon film. T.S. Spivet était un faux film américain parce qu'il est produit par l'Europe et le Canada, donc j'ai le final cut. Je fais toujours ça pour éviter ce genre de problème, mais avec Harvey Weinstein ça arrive tout le temps. On a eu le même problème avec lui sur Delicatessen, il y a longtemps. pour Amélie Poulain, il voulait que je remonte aussi le film mais à cause de son succès en Europe il l'a laissé tel quel." Amélie Poulain avait rapporté 33,2 millions aux USA en 2001. "C'est plus fort que lui. Il voulait aussi couper dans The Artist mais comme la musique collait parfaitement au montage il aurait dû payer une nouvelle bande originale, et il ne voulait pas dépenser encore de l'argent..."

Jean-Pierre Jeunet : "Il y a autant de cinéma sur Netflix qu'ailleurs"

On se rappellera que l'année 2014 a été marquée par le duel entre Olivier Dahan et Weinstein autour du montage et de la distribution du biopic Grace de Monaco avec Nicole Kidman. Weinstein est depuis toujours surnommé "Harvey Scissorhands" à cause de sa manie de tailler dans les films pour les raccourcir. Rappelons l'exemple du Discours d'un roi, sorti après son triomphe aux Oscars dans une version amputée par Harvey de sa scène du "fuck, fuck, fuck" afin que le film soit classé tous publics.En France, Spivet n'a pas non plus marqué les esprits : distribué par Gaumont, il a rassemblé 676 969 spectateurs en octobre 2013. Soit le pire score des 7 films réalisés (seul ou en duo avec Marc Caro) par Jeunet : Micmacs à tire-larigot dépassait le score de 1,5 million d'entrées en 2009. Et n'oublions pas le phénomène Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain et ses 8,5 millions d'entrées en 2001...

Depuis la malheureuse expérience de T.S. Spivet, Jean-Pierre s'est tourné vers la télévision et a shooté le pilote de la série Casanova, produite par Amazon, qui n'a cependant pas donné lieu comme prévu à une série. Sa relation avec Netflix s'est améliorée au fil du temps et il tourne actuellement un film pour la plateforme, BigBug. Quant à Harvey Weinstein, il a fait l'objet d'un scandale sans précédent quand plusieurs femmes l'ont accusé d'agressions sexuelles, fin 2017.

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