the nevers
HBO

Le papa de Buffy est de retour avec une nouvelle série somptueuse - surtout sur le plan esthétique - qui porte la marque de toutes ses obsessions.

Le nom de Joss Whedon n'est plus vraiment en odeur de sainteté à Hollywood. Depuis des mois, l'ancien demi-dieu de la pop culture, réalisateur d'Avengers, créateur incompris de Firefly et visionnaire papa de Buffy, est empêtré dans des scandales de harcèlement. Sans même parler de l'humiliation qu'il a subie quand Zack Snyder a ratatiné son Justice League, avec un "cut" nettement plus tranchant.

C'est dans ce contexte particulièrement hostile qu'il présente ce dimanche (en France sur OCS en US+24) son nouveau bébé, The Nevers, magnifique série fantastique et historique, qui joue des super-pouvoirs dans l'Angleterre victorienne. Nous sommes en 1899 et depuis trois ans, certains Londoniens - surtout des Londoniennes - se découvrent des dons surnaturels, allant de la prémonition à la maîtrise du feu ou de la glace. Désormais surnommées les « Touched », ces femmes mal vues par la société se rassemblent dans un orphelinat, pour se protéger des persécutions dont elles sont victimes... quand on n'essaye pas carrément de les tuer !


À la fois auteur, producteur et réalisateur du projet, Whedon a donné de sa personne pour signer, encore une fois, une oeuvre éminemment féministe, reprenant ses obsessions habituelles dans un contexte un peu différent. Un conte absolument somptueux sur le plan esthétique, qui joue à merveille du pinceau victorien pour peindre une saga au style unique, marquant.

La mythologie est malheureusement plus pauvre, pompant allègrement l'histoire du Professeur Xavier et de son sanctuaire pour mutants. Une narration laborieuse qui se limite trop souvent à mettre en scène des X-Men en bas de soie, dans une approche émancipatrice qui manque sérieusement de subtilité.

Une série simplette sur le fond, mais sauvée par une galerie de figures féminines détonantes. Si la star d'Outlander, Laura Donnelly, fait le job, la grande révélation s'appelle Ann Skelly, pleine de charme et de malice. Ce duo de mutantes avant-gardistes maintient la série à flot quand l'histoire patine.

Reste de The Nevers cette idée que Joss Whedon a encore ce petit truc en plus, pour écrire des héroïnes uniques en leur genre, novatrices, toujours fortes et touchantes. Pas sûr ceci dit que cela permettra au réalisateur d'obtenir une forme de rédemption à Hollywood. D'autant qu'épuisé par le contexte sanitaire et les affaires, Joss Whedon a depuis lâché sa série, qui se poursuivra sans lui.