GALERIE
The Walt Disney Company France / Walt Disney Pictures / Roth Films

La suite de Maléfique est un film de fantasy moyen, qui ne fait pas de mal mais ne possède guère d’ambition.

Jessica Rabbit disait "je ne suis pas mauvaise, je suis juste dessinée comme ça", et le premier Maléfique, sorti en 2014, semblait découler de cette réplique en renversant de façon rigolote les archétypes Disney : son méchant originel, le modèle de tous les méchants du studio, Maléfique, devenait la belle-mère malgré elle de la princesse Aurora, victime de la violence des hommes sur les femmes -sa mutilation des ailes de fée noire était une métaphore à peine voilée du viol. A l’arrivée, Maléfique n'allait pas beaucoup au-delà de son statut de film de commande signé d’un spécialiste des SFX (Robert Stromberg). Il nous en reste quoi ? La figure terrassante d’Angelina Jolie et la très belle partition de James Newton Howard. Cinq ans plus tard, Le Pouvoir du mal est encore signé d’un yes man -en l’occurrence, Joachim Rønning, co-réalisateur du peu palpitant dernier épisode de Pirates des Caraïbes. A la partition, James Newton Howard a été remplacé par Geoff Zanelli, un autre yes man puisqu’il jouait à faire du Hans Zimmer sur le dernier Pirates des Caraïbes. Le Pouvoir du mal : un film de seconds couteaux, de remplaçants ? Pas tout à fait, puisque le script est co-écrit par Linda Woolverton, vétéran de Disney pour qui elle a écrit La Belle et la bête, Aladdin, Le Roi lion, Mulan… Mais aussi le premier Maléfique, et les deux Alice au Pays des merveilles en live action. Elle est ici créditée avec Noah Harpster et Micah Fitzerman-Blue, scénaristes du futur A Beautiful Day in the Neighborhood avec Tom Hanks en présentateur télé d’une gentillesse légendaire. D’accord, mais ça n’en fait pas non plus un film exceptionnel à l’arrivée. Juste moyen.

Or donc, la princesse Aurora, qui règne sur le royaume de la Lande peuplé de fées, va épouser le prince Philippe qui va hériter du royaume humain. Maléfique, belle-mère d’Aurora, refuse l’union : tant mieux, puisque la mère de Philippe, la reine Ingrith, mijote un génocide du peuple fée en loucedé. En même temps, Maléfique (Angelina Jolie, toujours productrice, est curieusement peu présente à l’écran) va retrouver son peuple de fées ailées et découvrir le mystère de ses origines. La bonne idée est d’avoir fait de Michelle Pfeiffer la grande méchante de ce Pouvoir du mal (on suppose que la Mistress of Evil du titre original, c’est elle), une grande méchante militariste qui rompt justement la fatalité des apparences et du character design qui vous enferme dans un destin ; le reste est une histoire de fantasy tellement classique qu’elle aurait pu être écrite par un générateur de synopsis. Le bestiaire est aussi sans grande imagination (sauf si vous considérez qu’engager Warwick Davis dans la peau d’un gnome grognon et bricoleur vous semble l’idée du siècle), peu renouvelé par rapport au premier film. Le peuple auquel appartient Maléfique n’est pas une bande d’anges des ténèbres cools mais un gang de rastas à peine badass, sans que cela ne fasse enjeu dans l’histoire (à part leur religion : ils idolâtrent littéralement un rebondissement du scénario, vous comprendrez en voyant le film). Le Pouvoir du mal ne réussit pas à injecter du chaos dans le jeu des apparences, et le film apparaît comme bien inoffensif. Raboté de ses audaces potentielles, privé de sang dans ses veines. Paradoxal pour un film qui veut justement chambouler l’imaginaire des contes de fée. Reste une très belle image : Maléfique obligée de voiler ses cornes de noir pour ne pas choquer lors d’un dîner officiel. Le tissu lui donne alors l’allure d’une dame des ténèbres surgie d’une miniature d’un livre d’heures médiéval cauchemardée. C’est beau, mais c’est peu, c’est tout le temps moyen et c’est bien dommage, parce que Disney possède les forces vives nécessaires pour faire un film de conte de fées qui ne soit ni en pilote automatique ni en crash test WTF : le joli conte de fantasy Casse-noisettes et les quatre royaumes, passé inaperçu l’an dernier et co-réalisé par Joe Johnston (Rocketeer, Captain America), possédait beaucoup plus de charme, d’originalité et de style. Non, décidément, Maléfique : Le Pouvoir du mal n’est pas un mauvais film, il est juste réalisé comme ça.