David Fincher s'auto-référence dans le trailer de The Killer : les clins d'oeil à Fight Club, Gone Girl, Mindhunter...
Columbia Pictures/Netflix/Sony

De la photo sombre à la musique éraillée, en passant par le sujet de l'exploration de l'esprit d'un assassin, ces premières images rappellent énormément les oeuvres précédentes du cinéaste américain.

Avec son adaptation des BD Le Tueur, d'Alexis Nolent, David Fincher revient aux thrillers qui ont fait son succès depuis les années 1990. De Seven (1995) à la série Mindhunter (2017-2019), le réalisateur américain a souvent exploré le cerveau malade des tueurs en séries, filmant leur quotidien particulièrement glauque et le déroulement de leurs crimes sordides tout en épluchant leurs modes de fonctionnement.


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Le premier teaser de The Killer, avec Michael Fassbender dans la peau d'un assassin glaçant qui se met à se poser des questions alors qu'il tuait jusqu'ici sans état d'âme, semble tout à fait dans la veine de ses œuvres précédentes.

Le réalisateur s'amuse même à s'auto-citer, recyclant des idées de plans, de montage et une partition musicale évoquant ses œuvres précédentes. Voici quelques exemples frappants, captures d'écran à l'appui, de la manière dont Fincher fait des clins d'oeil à sa propre filmo avec ce nouveau film, attendu sur Netflix le 22 novembre, et présenté avant cela dès le 3 septembre à la Mostra de Venise.

The Killer/Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes
Netflix/Sony

Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes (2011)
Ce n'est pas le Fincher préféré des cinéphiles, mais ce thriller tiré du premier tome de la saga littéraire à succès de Stieg Larson était teasé exactement de la même manière que The Killer, il y a douze ans. Avec un teaser intense, au montage particulièrement frénétique, et répétitif. Une succession de plans qui n'ont a priori rien à voir les uns avec les autres, mais qui donnent en quelques secondes seulement une idée du quotidien glacial de leurs protagonistes. Le tout rythmé par une idée qui se répète : une route recouverte de neige dans Millenium, et ce mantra "Respecte le plan" que se répète la voix-off ici.

La musique tient un rôle important dans ces deux montages, bien que différente. Pour The Girl With The Dragon Tattoo, Fincher (qui supervise ses bandes-annonces, et plus généralement la promotion de ses films) avait misé sur un remix du tube "Immigrant Song" de Led Zeppelin, dont les paroles faisaient écho à ce qu'on voyait à l'écran, mais chanté par une voix féminine. Il avait aussi eu la bonne idée de faire filtrer cette vidéo comme s'il s'agissait d'une bande-annonce piratée, afin de rappeler le job de hackeuse de son héroïne.

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Pour ce nouveau film, Fincher a refait appel à Atticus Ross, qui avait déjà composé ses bandes originales de The Social Network ou de Gone Girl. Son rock alternatif colle bien à l'esprit qui déraille du personnage principal.

On peut noter aussi quelques plans copiés collés d'un film à l'autre, comme lors d'une séquence à moto, ou celui du visage couché de Lisbeth Salander (Rooney Mara), qui faisait déjà écho à la Jodie Foster de Panic Room. Une image qui avait d'ailleurs été reprise pour créer l'affiche du film, en 2002. Sauf qu'il s'agissait alors d'un plan des victimes/héroïnes, et non du tueur.

The Killer/Mindhunter
Netflix

Mindhunter (2017-2019)
Les amateurs du cinéma de David Fincher ont dû faire le deuil de Mindhunter, sa série racontant la création de la branche du FBI spécialisée dans la traque des tueurs en séries, qui n'aura pas de troisième saison malgré les qualités des deux premières. Mais au vu de ces premières images, The Killer s'incrit dans la lignée directe de ce show, comme un Mindhunter 2.0.

Au fond, son principe est le même : plonger dans la psyché d'un assassin. Visuellement, les deux projets se ressemblent aussi beaucoup, ce qui n'a rien d'un hasard : ils partagent le même chef opérateur, Erik Messerschmidt. Avec ses teintes vertes, son ambiance "clinique", son style est particulièrement reconnaissable, et il fonctionne à merveille sur ce genre de dissection d'un comportement humain.

The Killer/Seven
Netflix/Metropolitan Filmexport

Seven (1995)

Dans le même ordre d'idée, on pensera forcément à Seven devant cette nouvelle histoire de tueur, puisque c'est l'un de ses auteurs, Andrew Kevin Walker, qui a été chargé d'adapter les romans graphiques pour Fincher.

Quelques plans glissés dans ce premier montage évoquent d'emblée ce thriller culte, notamment un escalier rappelant la traque du serial killer par les deux flics joués par Brad Pitt et Morgan Freeman. Si son identité est aujourd'hui connue, à sa sortie, le nom de la star qui l'interprète n'avait pas été dévoilée au cours de la promotion, ni du générique d'intro du film. Si bien que la première fois qu'ils le croisent dans un escalier, le spectateur n'est pas bien sûr de le reconnaître...

Notez d'ailleurs qu'en parallèle de la fabrication de The Killer, Fincher a travaillé sur une réédition en 4K de Seven. Il a promis de ne retoucher que les images abimées par le temps, sans toucher à l'essence de son film, mais le fait de bosser sur ces deux histoires de tueur en parallèle a certainement influencé la post-production de son nouveau film.

The Killer/Fight Club
Netflix/20th Century Fox

Fight Club (1999)
Le plan qui ouvre cette bande-annonce rappelle étrangement ceux qui ferment Fight Club. Puis les sons en fin de vidéo semblent tout droit tirés de l'esprit malade de son protagoniste incarné par Edward Norton.

A force de répéter son mantra (pas très éloigné du principe entêtant de la "première règle du Figh Club"), le personnage joué par Michael Fassbender commence à son tromper, à se mélanger les pinceaux, et cette utilisation de la voix off rappelle forcément celle de ce film clé de la carrière de Fincher, qui traitait de troubles de l'identité. Le tueur de son nouveau film souffre-t-il d'un dédoublement de personnalité ? Ou est-il "seulement" en train de se découvrir une conscience après des années à commettre des crimes ?

The Killer/Gone Girl
Netflix/20th Century Fox

Gone Girl (2014)
Pour présenter David Fincher, ce teaser cite trois œuvres : Seven, Fight Club et Gone Girl. Les liens avec les deux premiers sont évidents, et après avoir vu la vidéo, il y a également pas mal de points communs avec cet autre thriller mémorable, dernier film du réalisateur à être sorti sur grand écran. Déjà, le principe de la voix off peu fiable avait déjà été utilisé dans Fight Club, puis a pris une nouvelle ampleur dans cette histoire de couple qui tourne au drame avec Rosamund Pike et Ben Affleck.

Le cinéaste s'auto-cite par petites touches, en reprenant un plan de sortie d'avion, par exemple. Et il montre aussi plusieurs fois son anti-héros face à des miroirs, dans des salles de bains, sous la douche... Autant d'éléments qui, sans spoiler, étaient au cœur de Gone Girl. Sans compter que les deux concepts se ressemblent énormément : en 2014, le mari disait vouloir ouvrir le cerveau de sa femme pour le disséquer ? Ici, Fincher veut étudier en détails le mode de fonctionnement de son tueur. Et donc entrer dans sa tête.

The Killer/Gone Girl
Netflix/20th Century Fox