Nolan influences
Warner/Tamasa Distribution

De Kubrick à James Bond, tour d’horizon des films sans lesquels Nolan ne serait pas devenu le cinéaste qu’il est.

2001, l’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968)
A tout seigneur, tout honneur, on commence par le Dieu Kubrick et son monolithe 2001, l’Odyssée de l’espace. Un film vénéré par Cameron, Lucas, Spielberg, Scorsese… Et Christopher Nolan, donc, qui l’a découvert à l’âge de sept ans, dans un cinéma de Leicester Square, à Londres, alors que le film venait de ressortir en salles dans la foulée du triomphe de Star Wars. "Le film m’a fait l’effet d’un spectacle cinématographique à l’état pur", dixit le réalisateur d’Interstellar, qui traque dans tous ses films l’équation magique résolue par Stanley Kubrick : le point d’équilibre parfait entre cinéma expérimental et superproduction.

Blade Runner (Ridley Scott, 1982)
Avec 2001, Star Wars et Alien, l’un des monuments SF qui obsédaient le plus le petit Christopher à l’orée des années 80. De Ridley Scott, Nolan a hérité du côté ingénieur, architecte, bâtisseur de mondes gigantesques et ultra-détaillés, dont les contours s’étendent bien au-delà des limites du cadre. Le souvenir de Blade Runner se révèlera décisif pendant la préparation de Batman Begins (et pas seulement parce qu’on y retrouve Rutger Hauer au casting). Gotham selon Nolan doit beaucoup au L.A. noir de Ridley Scott : "Comment filmer ces immenses décors et faire en sorte qu’ils aient l’air réel, qu’ils ne soient pas juste d’impressionnants décors ? J’ai pensé au traitement visuel de Ridley Scott : la pluie, les caméras portées, les longues focales… "

L’espion qui m’aimait (Lewis Gilbert, 1977)
Une autre émotion d’enfance. On aurait pu citer Au service secret de sa majesté, plus cérébral, plus arty, et "hommagé" dans les grandes largeurs dans Inception (la poursuite à ski), mais le Bond préféré de Nolan, c’est le premier dont il se souvient (les fans de 007 savent l’importance du premier Bond qu’on voit dans sa vie), celui où la Lotus Esprit de Roger Moore se transforme en sous-marin. Même si le réalisateur assure que Tenet ne comportera pas d’hommage direct à d’autres films d’espionnage, le film est censé ressusciter l’excitation qu’il éprouvait devant les Bond de son enfance, "ce sentiment d’arriver dans un monde inconnu".

L'espion qui m'aimait
MGM/United Artists

 

Le Testament du Docteur Mabuse (Fritz Lang, 1933)
L’influence de la période allemande de Fritz Lang sur le cinéma de Nolan est immense, depuis le gigantisme de Metropolis, qui nourrit ses désirs de films-mondes, à des citations plus directes, comme les clins d’œil à M le Maudit dans The Dark Knight Rises. Mais le Lang ultime, pour Nolan, c’est sans doute Le Testament du Docteur Mabuse, un modèle dans l’intrication entre le frisson pulp et l’ambition de commentaire politique sur son époque – un mélange qui a beaucoup nourri ses Batman. Par sa folie terroriste et démiurgique, le Joker de The Dark Knight s’impose ainsi comme un héritier direct de Mabuse. "Un passage obligé pour quiconque veut écrire un personnage de super-vilain", a dit Nolan du film.

Heat (Michael Mann, 1995)
LA grosse influence de The Dark Knight. Si Batman Begins se la jouait néo-noir en parcourant un axe Blade Runner / Seven, The Dark Knight, lui, réinvente le genre super-héroïque en le confrontant à la postmodernité fluide et aérienne du polar à la Michael Mann, Heat en tête. Au-delà de la scène de braquage ahurissante en ouverture, il y a dans le film l’ambition affichée de faire le portrait d’une mégalopole moderne, traversée par la brutalité et la mélancolie. Dans nolanien, il y a mannien.

Paprika (Satoshi Kon, 2006)
Satoshi Kon meurt à l’été 2010, d’un cancer, à l’âge de 47 ans. Et l’été 2010, c’est aussi la date de sortie d’Inception, évidente "digestion" par Nolan des concepts et visions du génie japonais, en particulier ceux développés dans Paprika, thriller onirique fou où les personnages se courent les uns après les autres dans le monde des rêves.

 

Enquête sur une passion (Nicolas Roeg, 1980)
L’Anglais Nicolas Roeg est un autre roi du mille-feuille temporel et des récits imbriqués les uns dans les autres. Un "filmmaker’s filmmaker", cinéaste pour cinéastes, vénéré par Park Chan-wook, influence majeure de Soderbergh ou de la Lynne Ramsay de A Beautiful Day. Nolan avait fait figurer Enquête sur une passion, thriller psy de 1982 avec Art Garfunkel, dans le top 10 de ses Blu-ray Criterion préférés, mais on sait qu’il adore aussi le génial Ne vous retournez pas et le trippant L’Homme qui venait d’ailleurs, starring David Bowie, 30 ans avant Le Prestige.

Lawrence d’Arabie (David Lean, 1962)
David Lean est sans doute lui aussi pour quelque chose dans le goût de Christopher Nolan pour la monumentalité. Lawrence d’Arabie est en tout cas le film que le réalisateur cite en exemple quand il veut vanter la supériorité de la pellicule sur le numérique (l’un de ses grands combats, aux côtés de Tarantino et Paul Thomas Anderson) et l’expérience de cinéma incomparable qu’offre une projection en 70mm.

Lawrence d'Arabie
Columbia Pictures

 

Les Chariots de Feu (Hugh Hudson, 1981)
Quand il est en tournée promo, Nolan adore dévoiler la liste des films qui ont influencé la confection de son dernier chef-d’œuvre en date. Pour Dunkerque, il avait ainsi programmé un cycle au British Film Institute où se bousculaient Hitchcock (Correspondant 17), David Lean (La Fille de Ryan), Lewis Milestone (A l’ouest, rien de nouveau), Tony Scott (Unstoppable), Jan de Bont (Speed), Clouzot (Le Salaire de la peur), Pontecorvo (La Bataille d’Alger)… Et, donc, ces Chariots de feu millésime 1981, l’un des emblèmes du renouveau du cinéma britannique du début des eighties, mené par le producteur David Puttnam et une poignée de réalisateurs branchés venus de la pub. Hugh Hudson, Alan Parker, les frères Tony et Ridley Scott… Les critiques se pincent souvent le nez en parlant d’eux, mais Nolan, en bon teenager anglais des années 80, n’oublie jamais de souligner à quels points ces films l’ont marqué. A propos des Chariots de feu, il dit : « sa popularité a rapidement éclipsé sa nature radicale ». Une phrase qui pourrait s’appliquer à pas mal de films de Nolan lui-même, non ?

La Ligne rouge (Terrence Malick, 1998)
Un film que Nolan avait fait projeter à son équipe avant le tournage de Dunkerque. On aurait aussi pu citer un autre Malick, The Tree of Life, pour lequel il a enregistré une featurette énamourée avec David Fincher. Comme chez le génie texan, et même s’ils poursuivent tous deux des buts bien différents, il y a chez Nolan cette recherche d’une émotion inédite, cette volonté de se perdre dans le temps par la grâce du montage, ce goût du fragment, cette envie que le style et le récit s’imbriquent totalement. Et Dunkerque, comme La Ligne rouge, est un film de guerre qui ne ressemble à aucun autre. 

Et aussi : Rencontres du troisième type, Superman, L’Aurore, Les Rapaces, L’Etoffe des héros, Metropolis, Un condamné à mort s’est échappé, Angel Heart, Pink Floyd : The Wall