En Thérapie
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Éric Toledano et Olivier Nakache pilotent cette adaptation d’une fameuse série psy israélienne. Et livrent une plongée passionnante dans notre psyché nationale.

Arte a mis en ligne aujourd'hui les 35 (!) épisodes de la saison 1 d'En Thérapie, sa série psy événement. Officiellement lancée à la télévision le 4 février prochain, elle se découvre donc dès maintenant, en intégralité, sur Arte.Tv. Et voilà pourquoi il ne faut pas hésiter à prendre rendez-vous !

Créée en 2005, la série israélienne BeTipul est devenue une référence mondiale malgré elle. Son adaptation américaine sur HBO en 2008 a largement contribué au phénomène : bardée de prix et de nominations, In treatment (En analyse, chez nous de son titre VF) a connu un succès tel qu’elle a incité d’autres pays (près d’une vingtaine !) à « localiser » à leur tour l’intrigue de BeTipul, qui se prête aisément à l’exercice.

Petit rappel pour les profanes. Chaque jour de la semaine (correspondant à un épisode et à un personnage récurrent), un psychanalyste reçoit un patient à son cabinet et se rend lui-même chez sa « contrôleuse » le vendredi. Décor unique, échange de paroles, champ/contrechamp, légers mouvements de caméra : le dispositif, en apparence d’une simplicité biblique, est reproductible à l’infini. Évidemment, c’est plus subtil que ça, chaque pays apportant sa propre couleur. Aux États-Unis, le patient 2 était par exemple un pilote qui a combattu en Irak et qui a bombardé par accident une école coranique, tuant au passage une soixantaine d’enfants et développant un sentiment de culpabilité dévorant. En France, son équivalent est un agent de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) qui a mené une opération lors de la funeste fusillade du Bataclan et n’arrive pas à surmonter le traumatisme occasionné.


La grande innovation d’En thérapie est de situer l’action au lendemain de ce terrible événement qui a durement impacté l’imaginaire national. Il est au coeur de l’analyse du policier Adel (Reda Kateb), mais nourrit aussi les conversations du psy (Frédéric Pierrot) avec Ariane (Mélanie Thierry), chirurgienne instable qui a soigné des victimes, Camille (Céleste Brunnquell), une ado suicidaire, Léonora et  Damien (Clémence Poésy et Pio Marmaï), un couple en crise. La catharsis est autant individuelle que collective semble nous dire la série qui, en jouant sur les deux tableaux, l’intime et le général, s’adresse au public le plus large possible, des férus de drames aux amateurs d’exercices de style, en passant par les passionnés de rhétorique. En thérapie n’est pas, de prime abord, une série  « facile » : pas d’effets pop à la Euphoria ni de suspense à la Big Little Lies. Ici, tout repose sur le dialogue et l’incarnation, par conséquent sur les acteurs au service desquels se met la caméra – à la virtuosité discrète. C’est une série qui, en définitive, prend son temps. Celui d’installer les personnages et la petite musique entêtante des conversations dont la teneur dramatique monte crescendo à chaque épisode. C’est enfin une série alternative puisqu’il est possible de zapper les épisodes avec le ou les patients qui nous plaisent moins. On ne vous conseille cependant pas cette méthode qui dénaturerait le propos d’ensemble d’En thérapie, état des lieux de la France meurtrie et en résilience des années 2010.

Comme nous le confiait Carole Bouquet (dans les pages du magazine du mois de février 2021) impériale en contrôleuse glaciale, le tournage d’En thérapie a représenté pour les acteurs un défi inattendu. Outre les pantagruéliques pages de dialogues à assimiler, il fallait tourner un épisode par jour de présence ! Cette
contrainte a semble-t-il constitué à la fois un élément de stimulation et une source de stress qui ont donné l’impression aux acteurs de jouer sans filet. Leur extrême fragilité à l’écran était à ce prix. Le choix du précieux Frédéric Pierrot s’avère à l’arrivée plus que payant. On n’avait pas vu Reda Kateb aussi à cran depuis longtemps. On redécouvre Clémence Poésy. On a la confirmation du talent de Céleste Brunnquell (Les Éblouis). Quant à Mélanie Thierry et Pio Marmaï, ils s’imposent de fiction en fiction comme deux des acteurs les plus indispensables de leur génération.