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Dans Captain Fantastic, Viggo Mortensen joue un père qui élève ses enfants loin de la société, dans les forêts du nord-ouest des États-Unis. Le film de Matt Ross est présenté au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. Rencontre en fin de journée avec un Viggo un peu rincé.

Qu’est-ce qui vous parle dans ce personnage ? Vous vous identifiez un peu à lui ?
Je n’ai pas élevé mes enfants dans les bois comme lui, même si on a fait du camping ! Mais en tant que père, j’ai toujours encouragé mon fils à penser par lui-même. À trouver ses propres informations dans les livres, dans les films. J’ai essayé de le guider, même si on n’était pas toujours d’accord sur tout. En tout cas on pouvait en parler. L’idée de rester ouvert à changer d’avis (NDLR : en français dans le texte), sur n’importe quoi.

Le film contient une scène où les enfants sont confrontés à des gamins qui ne décollent pas de leurs smartphones, alors qu’il n’en possèdent évidemment pas. C’est un vrai choc des cultures.
Le monde a beaucoup changé ces dernières années. Il y a dix ans, il ne fallait pas éviter les gens sur le trottoir parce qu’ils ont le nez dans leur téléphone. Pareil sur la route, avant les dangers publics étaient des gens ivres. Aujourd’hui, la plupart du temps ce sont des gens qui sont en train d’envoyer un texto. C’est à double tranchant : ça peut à la fois vous connecter au monde comme jamais ou vous isoler. Ce n’est pas forcément bon à chaque instant, comme un mariage heureux n’est pas heureux tout le temps, ou une démocratie n’est pas toujours démocratique. Il y a toujours quelque chose de cassé dans la société. La question est de savoir si on veut la réparer et comment on le fait. Et c’est généralement plus facile à plusieurs. La vie, c’est la tâche quotidienne de trouver l’équilibre. De s’ajuster, d’accepter de changer d’avis, d’écouter. Et les hommes politiques se sont toujours servis du fait que les gens n’écoutent pas, ils l’encouragent même. Parce que plus les groupes sont isolés et ont peur les uns des autres, plus cela sert les hommes politiques sur le court terme. "Voilà les méchants, choisissez-moi, je vais tout changer". Conneries. 

Vous diriez que c’est un film sur notre époque ? 
C’est un film de son époque en tout cas. Je pense que dans dix ans on se dira que comme Easy Rider ou Taxi Driver à l’époque, ça capte l’air du temps. Matt Ross n’a pas essayé de faire un film politique ou idéologique pour autant, mais de parler de choses qui le concernent en tant que père, du discours politique dans le pays ou du manque de discours… J’ai adoré ça et lors de notre première discussion, on a parlé durant trois ou quatre heures. Il y a eu une grand compréhension d’entrée de jeu.

Votre personnage ne jure que par Noam Chomsky. Quel est votre avis sur lui ?
C’est l’un des penseurs les plus importants de notre temps. 

On se souvient de ses déclarations étranges sur le 11 septembre ou de ses relations avec certaines personnalités un peu troubles. 
Il a évolué. Je me rappelle avoir eu ce genre de discussion sur Freud, particulièrement en France, quand je présentais A Dangerous Method. C’était juste après la sortie du livre de Michel Onfray sur lui. Et je n’étais pas d’accord avec ce qu’il disait. Freud et Chomsky étaient des pionniers qui ont évolué dans leurs réflexions. Il faut prendre l’intégralité de leur travail et leur vie en compte, pas seulement des morceaux choisis. Chomsky s’est ajusté sur de nombreux sujets. Mais je suis d’accord à 100 % sur plein de choses, comme sa méfiance de l’impérialisme.

Ça vous titille la réalisation ?
J’aimerais réaliser. J’ai d’ailleurs écrit trois scripts. L’un d'eux intéresse certaines personnes… On verra. Je ne veux pas en dire plus tant que ce n’est pas concrétisé. 

Vous avez déjà pensé au casting ?
Oui, j’ai deux personnes en tête.

Vous faites quoi à Cannes, vous allez voir des films ?
J’aimerais bien, mais je suis en train de faire des interviews, ah ah !

Propos recueillis par François Léger

Photo Sébastien Vincent (Instagram @seb20cent)