Malcolm & Marie
Netflix

Le réalisateur d’Euphoria ne tarit pas d’éloge pour son actrice fétiche.

Après deux longs-métrages plutôt passés inaperçus, Another Happy Day (2011) et Assassination Nation (2018), Sam Levinson a enfin vu son talent reconnu grâce au petit écran et la série HBO Euphoria, qui s’est taillée une belle place dans l’univers impitoyable de la fiction télé en une petite saison de huit épisodes, plus deux spéciaux écrits et tournés pendant la crise sanitaire. 

La réussite de Levinson avec Euphoria est indissociable de celle de son actrice principale, Zendaya. Enfant star élevée chez Disney, la jeune femme a comme lui eu dû mal à être prise au sérieux, malgré ses efforts. Et avec Malcolm & Marie, scénario taillée sur mesure pour elle, les derniers sceptiques vont devoir eux aussi se faire une raison. Car ce n’est que le début de son ascension, comme nous l’affirme le réalisateur dans l’interview qu’il nous a accordé dans le dernier numéro de Première, actuellement en kiosque, dont voici un extrait :

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Première : D’un projet à l’autre, il se passe quelque chose d’unique entre Zendaya et vous-même, une sorte de révélation simultanée, comme si vous accouchiez l’un de l’autre artistiquement.

Sam Levinson : Vous savez, les gens qui font du cinéma sont irrésistiblement attirés par les zones où la probabilité de se louper est élevée. On se nourrit de la proximité du précipice. Parce que de là surgit une forme de tension ou d’intensité qui vient habiter le travail qu’on est en train de faire. On a envie de bosser avec ceux qui partagent cette flamme-là, parce qu’ils vous poussent à prendre de plus grands risques vous aussi. Ce que j’adore avec Zee, c’est que je sais en écrivant là où elle va se dire « eh merde, ça, ça va être dur » mais que ce défi va l’exciter. Voilà. On n’en est qu’au début. Son talent n’a aucune limite.

Le programme du film ressemble à une chronique de cet avènement en superstar et en comédienne de génie. Au début, vous la montrez très apprêtée, iconique, puis vous n’avez de cesse de la « déshabiller » de tout apparat au long du film, jusqu’à ce monologue sidérant, où l’on ne sait plus où finit le jeu et où commence le réel.

Je n’y ai pas pensé consciemment en ces termes mais oui, c’est une perspective très intéressante. Dès les prémices de Malcolm & Marie, je me suis inspiré de Rue (son personnage d’Euphoria, NDLR), pour voir si je pouvais travailler à une version plus mûre du personnage et j’ai donc écrit Marie pour Zee, avec en tête les a priori qu’ont les gens à son sujet. Elle n’a joué que des ados ? OK, cette fois, c’est un personnage de femme, plus proche de celle que moi, je connais. Maintenant, on va se servir des limites que les gens lui attribuent pour nourrir le personnage. Parce qu’on a tous ce type d’angoisses ou d’incertitudes à propos de nous-mêmes... Le film ne parle au fond que de ça, de cette fille qui doit prouver ce qu’elle vaut, y compris à ses propres yeux, et s’affirmer en tant que centre de gravité dans sa relation sentimentale. C’est une question clé dans la plupart des couples : quel travail a la priorité sur celui de l’autre, oui, mais surtout, lequel des deux crée l’univers dans lequel ils évoluent. Pour moi, c’est la question centrale posée par ce film.

Propos recueillis par Léonard Haddah.

Malcolm & Marie : une étoile est née [critique]