Toutes les critiques de Alamar

Les critiques de Première

  1. Première
    par Alex Masson

    Seul l’émouvant regard très intimiste sur ce rapport entre père, fils et grand-père empêche le spectateur de se croire devant Thalassa. Un ultime virage écolo, qui précise que Banco Chinchorro, lieu paradisiaque, est menacé par l’urbanisation galopante, achève de nous laisser perplexes. Dommage car ici et là affleure le potentiel d’un joli film sur un enfant de divorcés désormais partagé entre deux mondes. Mais Pedro González-Rubio, sorte de Yann Arthus-Bertrand qui se serait lancé dans le mélo, s’échine à laisser flotter son film entre deux eaux sans jamais tracer de frontière claire entre documentaire et fiction.

Les critiques de la Presse

  1. Fluctuat
    par Anita Blum

    Rarement un film aura semblé autant touché par la grâce. Cela tient sans doute à l'expérience de documentariste de Pedro Gonzlaz-Rubio, Mexicain qui connaît aussi très bien la région où se situe le film. Alamar est sa première fiction, car comme il l'explique, il voulait pour une fois maîtriser son histoire, lui donner un ordonnancement, la guider. Il a donc choisi un vrai tandem père/fils, et décidé de le plonger dans un univers qui ne lui est pas familier, les sublimes barrières de corail de Banco Chinchorro. Avec son teint mat, ses cheveux longs et son corps sec et musclé, Jorge Machado, qui interprète le père, invoque dès qu'il apparaît à l'écran une sorte d'homme sauvage doux et bienveillant, maîtrisant des gestes ancestraux et perpétuant un rythme de vie basé uniquement sur celui de la nature. L'aspect documentaire est très prégnant, puisque le film a été tourné dans ses conditions, à deux personnes : le réalisateur tenant la caméra et un opérateur son. Le rapport au réel/à la nature devient vite le thème central du film, celui qui s'impose autant aux personnages qu'au cinéaste lui-même, qui est la plupart du temps collé aux acteurs, que ce soit dans leur minuscule baraque sur pilotis, ou bien dans la barque où ils pêchent.
    L'espace dans Alamar est ainsi aussi spectaculairement vaste (oui, c'est dur de ne pas s'extasier devant une mer et un ciel perpétuellement turquoises) que totalement intime. A travers le regard de l'enfant et ses expériences, les notions de transmission et d'héritage sont abordées par le film, mais sans cesse confrontées aux aléas souvent comiques du réel. Le cinéaste parvient à capter des petits miracles de scènes, comme cet oiseau, nommé Blanquita, qui devient soudain un personnage à part entière du film en se joignant à la famille. Jorge va commencer à l'apprivoiser, de manière totalement improvisée, et nous offrir une magnifique rencontre entre la vie sauvage et la vie « civilisée ». A l'image du film dans son ensemble, qui nous replace constamment, mais avec bienveillance, dans un rôle que l'on préfère donner à l'autre : l'étranger

  2. Chronic'art
    par Olivier Père

    Ce film enchanteur transporte le spectateur dans un état de bonheur et de nostalgie, heureux d’assister à quelques moments de vie tellement simples qu’ils deviennent épiques. Le sentiment de fragilité et le caractère précieux car provisoire des moments vécus entre un père et son fils éveillent le double fantasme d’un paradis perdu. Celui d’une relation harmonieuse avec la nature (sublime et généreuse, mais aussi en sursis, comme la plupart des sites écologiques) et celui d’une très émouvante relation père-fils, loin des interférences de la culture et de la société occidentales.

  3. Le Monde
    par Thomas Sotinel

    La brièveté du film, l'inexpérience des acteurs de circonstance font que cette représentation de la paternité n'est qu'une esquisse. Et pourtant elle est tracée avec un tel bonheur d'expression cinématographique qu'on n'en a rarement vu d'aussi juste.

    Ce n'est pas la seule dimension de ce grand petit film. Alamar ramène aussi la fragilité du bonheur familial à la fragilité du monde qui l'abrite. La barrière de corail mexicaine est menacée. A moins d'un miracle, ce beau film sera dans quelques années ce que le Nanouk, de Flaherty, est aujourd'hui au mode de vie des Inuits du siècle dernier, la trace de vies disparues.

  4. Télérama
    par Cécile Mury

    Dans ce film, la vie sur l'île est rude, plutôt ascétique, ni meilleure ni pire : différente. Pour le cinéaste, chaque image est une fenêtre grande ouverte sur un monde de bruits, de couleurs, d'impressions. Ce qui compte, ce sont les indices sensoriels, les traces de vie dans ses moindres détails : le fumet d'un ragoût de barracuda, le balancement d'un hamac, la visite surprise d'un oiseau migrateur, les bribes d'une chanson qu'on fredonne ensemble... On navigue loin de l'écolo-béatitude, de toutes ces odes ethno-touristiques à la gloire de mère Nature. Alamar réconcilie en douceur des univers qu'on a coutume d'opposer, modes de vie moderne et traditionnel, cynisme urbain contre éden menacé. Un voyage apaisé.

  5. Brazil
    par Johan Girard

    Alamar dure à peine soixante-dix minutes, mais donne l'impression de durer le double. Pedro Gonzalez-Rubio aurait peut-être réussi à nous captiver s'il avait cherché à explorer en profondeur la relation entre le père et son fils. (...)Le réalisateur reste en surface et les personnages nous apparaissent, dès lors, comme de lointains étrangers n'ayant rien à nous dire. On se contente donc d'admirer l'eau claire, la verdure florissante et le soleil qui cogne sur les visages en sueur en feignant de faire partie de l'expédition. Et l'on regrette que ce film, joli mais futile, nous ait fait voyager sans jamais nous faire chavirer.

  6. Nouvel Obs
    par Xavier Leherpeur

    Réfutant les pistes sociologique ou psychologique, le cinéaste fait le choix d’un récit où l’ellipse, le sensoriel et la beauté des images racontent de manière afférente une relation complice mais douloureuse dans son incessante interruption.