Depuis soixante-six ans, les bulletins météo font le beau temps de l’Audimat. D’abord scientifiques, Alain Gillot-Pétré et Laurent Cabrol vont leur donner chair avant que les Miss de Canal ne les glamourisent…
Premiers pas très techniquesCe 17 décembre 1946, en direct dans le Télé Journal de la RTF, Paul Douchy, ingénieur de la Météorologie Nationale, est aux anges malgré l’annonce d’un ciel nuageux. Son rôle se résume alors à griffonner sur une carte les courants du vent, les nuages et les températures. Pas vraiment glamour ! "Si on prenait la météo en cours, se souvient un de ses collaborateurs, on n’y comprenait rien." Hebdomadaire, le rendez-vous devient quotidien à partir 1958, mais peu distrayant malgré quelques aménagements de fortune (les fameux nuages aimantés !). À la fin des années 60, "dépression" et "anticyclone", termes jugés barbares, sont bannis du vocabulaire météorologique. "Pour le public, raconte Guy Larivière, présentateur sur l’ORTF en 1973, il fallait montrer des petits soleils ou des nuages avec de la pluie. Point."Informatique et satelliteDans les années 60, un technicien est chargé de dessiner les éléments météorologiques que le présentateur souhaite mettre en valeur. Puis un opérateur vient filmer la carte. Vers la fin des années 70, avec l’apparition de l’animation satellite et des images radars, le tout aidé par l’utilisation d’un fond bleu ou vert, la météo prend une nouvelle dimension et utilise des données jusque-là réservées aux prévisionnistes. Enfin, avec l’avènement de l’informatique et des satellites, il devient possible d’animer les cartes et de prévoir le temps sur 5 jours…L’ouragan Gillot-PétréÀ la fin des années 70, exit les spécialistes austères, place aux animateurs incarnés ! Parmi eux, Laurent Broomhead, 25 ans, longs cheveux et lunettes carrées, qui apparaît, le 15 juin 1978, au côté de Patrick Poivre d’Arvor en clôture du journal de 20 heures d’Antenne 2. Puis en 1981, Jean-Pierre Elkabbach pousse un jeune journaliste politique plein d’humour à se frotter à l’exercice. En l’espace de 20 ans, Alain Gillot-Pétré, immortalisé par son célèbre catogan, va enchaîner près de 9000 bulletins sur Antenne 2, TF1 et La Cinq.Les soleils de Laurent CabrolD’autres animateurs météo se font repérer par leur bagout. Ainsi Michel Cardoze (sur TF1 de 1987 à 1991), l’homme aux superbes moustaches blanches, se montre tout aussi à l’aise dans l’élocution chirurgicale des villes que dans les citations poétiques de vers sud-américains. Face à lui, une petite révolution s’opère en 1987 avec l’arrivée de Laurent Cabrol sur Antenne 2 qui remplace Brigitte Simonetta. Pour la première fois, le bulletin change de nom et devient"1,2,3 Soleil". Outre les prévisions, on découvre la séquence "clin d’œil" avec une caméra braquée en direct sur des évènements animaliers comme la naissance de cigognes. Novateur, Laurent Cabrol sera le seul présentateur météo auréolé d’un 7 d’Or.Les Miss de CanalElles ont chacune marqué une génération de téléspectateurs pour des raisons qui dépassent souvent les contours d’une carte de France ! Pulpeuses, comiques, parfois les deux à la fois, on se souvient notamment de Mademoiselle Agnès (1991 – 1994), voix aussi rauque que son décolleté fut plongeant, des yeux de biche de Cécile Simeone (1998), et des sketches délirants d’Axelle Laffont (2000 – 2001). Depuis quelques années, la chaîne cryptée a transformé la météo en un véritable one-woman-show.La révolution Chaîne MétéoC’est la seule chaîne française qui diffuse des bulletins météo en continu. Lancée le 27 juin 1995 sur CanalSat et Numericable, elle a notamment mis à l’antenne Louis Bodin (actuel monsieur météo de TF1) et Harry Roselmack qui y fera ses premiers pas télé. Créée pour être "l’équivalent météo de France Info", elle attire aujourd’hui 4,5 millions de téléspectateurs par mois.L’anticyclone de l’humourLes Inconnus, Les Nuls ou encore l’émission "Merci Bernard" avec l’acteur Ronny Coutteure ont tous tourné la météo en dérision. Qui ne se souvient pas de ce bulletin hilarant animé par un Pascal Légitimus endormi et balançant nuages et soleils sur une carte à même le sol lors de l’émission parodique intitulée "Youpi Matin" (1992) ? Ou encore de cette imitation tout en érudition de Michel Cardoze par un Bernard Campan inspiré ? Quant à la bande de Chantal Lauby et Alain Chabat, elle avait délégué cet exercice à Dominique Farrugia lequel n’hésitait pas à donner des formes incongrues aux dépressions et autres anticyclones.Les innovations de France TélévisionsAvec Météo à la carte,une émission quotidienne de 45 mn totalement dédiée à la météo présentée à 12.55 par Laurent Romejko et Marine Vignes, France 3 mise sur l’originalité. Outre des prévisions en début et en fin de programme, on découvre de nombreux reportages comme l’influence de la météo sur des évènements historiques.Depuis la rentrée, France 2 a relooké ses bulletins météo. Sur fond d’images de synthèse, le décor du plateau reflète immédiaement la tendance climatique (soleil, pluie, chaleur, froid…) de la France. De plus, des chiffres clés résument la météo du jour.Thomas Gaetner de Télé 7 Jours


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