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Les textes atypiques du rap américain

Get the R.Kelly tape and see how we piss on you

<strong>Cam'ron</strong>, <em>More gangsta music</em> : Get the R.Kelly tape and see how we piss on you Comme se le demandait The Fader : "<strong>Cam'ron</strong> est un des rappeurs les plus abjects, machos et immoraux, alors comment se fait-il que l'on n'arrive pas à s'en lasser ?"Sans doute grâce à son sens de l'<em>entertainment</em>. Quand on cherche des punchlines inattendues, <strong>Cam'ron</strong> se pose là. Il y avait l'embarras du choix, donc privilégions le bon goût et l'élégance : "Prends la vidéo de R. Kelly et regarde comment on te pisse dessus" fait référence au scandale de la star du R'n'B. Une <em>sextape</em> avait été lâchée en 2002, montrant un homme supposé être le chanteur (qui a démenti avant d'être rattrapé par d'autres affaires peu reluisantes) avec une mineure, et l'urophilie était au rendez-vous.Il est à noter que dans le film <em>Killa Season</em>, un malandrin commet l'erreur de manquer de respect à <strong>Cam'ron</strong>, qui n'a d'autre choix que de l'assommer et lui pisser dessus, en précisant "no homo" histoire d'éviter tout malentendu.

I wasnt poor. I was po. I couldnt afford the o-r

<strong>Big L</strong>, <em>Lifestyles of the poor & dangerous</em> : I wasnt poor. I was po. I couldnt afford the o-r. Assassiné à seulement 25 ans, <strong>Big L</strong> n'a pas eu le temps de laisser beaucoup d'albums derrière lui, mais il restera à jamais l'archétype du <em>freestyleur</em> hors-pair, alignant des rimes efficaces sans discontinuer. Celle-ci est bien représentative de son style, très technique (travaillé au niveau de la forme) : dans un jeu sur la langue qui met en scène le verbe en lui-même, Big L explique qu'il n'était pas pauvre (I wasn't poor), mais pauv (I was po) car il ne pouvait même pas se payer les deux dernières lettres, le O et le R. Résultat, une distanciation plutôt comique et inattendue.Son style a influencé de nombreux artistes new yorkais mais pas seulement, ainsi son "your mother should have swallowed you" a été repris par Dany Dan ("ta mère aurait dû mettre une capote ou t'avaler", qu'on peut retrouver ici). Le style n'a pas de frontière.

Army of the Pharaohs never make love songs / We finger fuck bitches with Freddy Krueger gloves on

<strong>Celph Titled (Army of the Pharaohs)</strong>, <em>Swords Drawn</em> : Army of the Pharaohs never make love songs / We finger fuck bitches with Freddy Krueger gloves on <strong>Celph Titled</strong> fait partie du groupe <strong>Army of the Pharaohs</strong>, pas vraiment réputé pour ses ballades romantiques. C'est tout logiquement qu'il affirme qu'ils ne font jamais de chansons d'amour, jusque là rien de nouveau sous le soleil. La suite est plus corsée puisqu'il dit qu'à la place, ils doigtent les demoiselles, mais seulement après avoir enfilé le gant de <strong>Freddy Krueger</strong>. Pour ceux qui ne suivent pas, Freddy Krueger est le personnage d'une saga d'horreur dont une des particularités est d'avoir un gant sur lequel il a fixé des lames, de sorte à avoir des longues griffes au bout de chaque doigt. Bref, vous aurez compris que Celph et ses copains sont officiellement des experts en séduction.

The news called it crack, I called it diet coke

<strong>Pusha-T</strong>, <em>Hello New World</em> : The news called it crack, I called it diet cokeMême si Pusha T et son frère Malice s'en défendent, préférant mettre en avant leur côté <em>lyricist</em> (le soin apporté à leurs textes), leur groupe The Clipse est souvent vu comme la mascotte du <em>cocaïne rap</em>, tant le thème de la vente de <em>coke</em> est présent dans leur ?uvre. On a ici un exemple parfait du côté subtil mais très sombre de leur univers, avec un double sens qui fait froid dans le dos. Ce que les médias nomment <em>crack</em>, Pusha T l'appelle <em>diet coke</em> (du Coca Light si vous voulez), jeu de mot sur le sens littéral du terme sachant que le <em>crack</em> est une version basée donc appauvrie de la cocaïne naturelle. Le cynisme à son paroxysme, la perfection à proximité.

Fuck five-o, I make my own rules, suck my dragon balls bitch call me Goku

<strong>Waka Flocka Flame</strong>, <em>Wild boy</em> ? fuck five-o, I make my own rules, suck my dragon balls bitch call me GokuSi vous aussi vous faites partie de ces gens très seuls qui se demandent parfois si les rappeurs américains font autant de références au manga <em>Dragon Ball</em> que leurs homologues français, Waka est là. Après avoir affirmé son je m'en foutisme à l'égard des lois, le rappeur enfonce le clou en s'adressant à un interlocuteur imaginaire qui ne serait pas d'accord avec lui. La suite de son argumentation est assez simple : il exige qu'on suce ses "dragon balls" tout en l'appelant Goku. Ce qui mine de rien requiert au minimum deux bouches, à moins qu'il ne soit pas trop regardant sur la prononciation.

La sexualité des fœtus

<strong>Tyler the Creator</strong>, <em>Tron Cat</em> : rape a pregnant bitch and tell my friends I had a threesome<strong>Pimp C</strong>, <em>Pregnant pussy</em> : pregnant pussy is the best you can get, fuckin a bitch while her baby suckin your dick <strong>Notorious BIG</strong>, <em>Me And My Bitch</em> : You look so good, huh, I'd suck on your daddy's dick3 rappeurs de style et d'horizons différents, mais un point commun : l'implication directe des f?tus voire des géniteurs dans les rapports sexuels. On commence par le précurseur, <strong>Pimp C</strong> du groupe UGK qui dit qu'une femme enceinte a un atout que n'ont pas les concurrentes, à savoir un bébé qui participe activement à l'acte en fournissant une fellation bienvenue. Un brin plus <em>gentleman</em>, Biggie complimente une fille en expliquant qu'il la trouve si belle qu'il n'hésiterait pas à "sucer la bite de [son] père". On ne sait pas bien si c'est parce qu'il préfère se fournir à la source ou s'il voit ça comme un remerciement, mais c'est plutôt classe de sa part. Bon OK, en fait il s'agit d'un clin d??il à un sketch de <strong>Richard Pryor</strong> qui disait exactement la même chose, en jouant un camé.Les 2 rappeurs étant aujourd'hui décédés, on aurait pu penser que ce genre de rimes tombe en désuétude, mais <strong>Tyler</strong> a repris le flambeau. Cette fois il décide de pimenter le jeu puisqu'il s'agit de violer une femme enceinte pour ensuite dire à ses potes qu'il a eu un plan à 3. La fin justifie les moyens pour le membre d'<strong>Odd Future</strong> dont on salue la détermination.On note au passage que notre Kaaris national fait un gros boulot pour populariser importer cette pratique dans le titre Lourd lourd avec son "Marianne j'te baise mais putain qu'est-ce que tu crois ? Et si t'es enceinte bah ça me fera un plan à 3", précédé d'Al K-pote qui rappait en 2008 "si tu cherches sur le net y'a même des films pornos avec des femmes enceintes, j'vais pas m'en plaindre". Les grands esprits se rencontrent.

For all of those who wanna profile and pose, I'll rock you in your face, stab your brain with yo' nose bone

<strong>Prodigy</strong>, <em>Shook Ones, pt II</em> : for all of those who wanna profile and pose, I'll rock you in your face, stab your brain with yo' nose bone<strong>Prodigy</strong>, moitié du groupe <strong>Mobb Deep</strong>, n'aime pas les poseurs et son intolérance lui fait faire des folies si l'on en croit cet extrait. Les intéressés se voient menacés d'un tabassage en règle, avec un petit bonus maison : il tapera leur visage si fort que l'os de leur nez leur rentrera dans le cerveau. Cela peut faire référence à une interview de <strong>Mike Tyson</strong> qui disait vouloir faire sensiblement pareil, mais le seul personnage connu à avoir fait ça aux yeux du monde est Joe Hallenbeck (<strong>Bruce Willis</strong>) dans <strong>Le Dernier Samaritain</strong> où il tue effectivement un homme d'un seul coup de poing qui lui enfonce le nez dans le crâne. Il est également possible que Prodigy veuille dire implicitement qu'il frappe son ennemi puis dans un second temps seulement lui arrache un os du nez pour ensuite lui enfoncer dans le cerveau, mais la première explication a plus de panache, cf <strong>l'extrait du film</strong>.

I'm about my money mama and tell Michelle I got my eye on Barack Obama

<strong>Nicki Minaj</strong>, <em>Mind on my money</em> : I'm about my money mama and tell Michelle I got my eye on <strong>Barack Obama</strong>Une phrase qui a dû faire trembler la Première Dame des États-Unis. <strong>Nicki Minaj</strong> rappelle qu'elle a pour but de s'enrichir ("I'm about my money"), puis se permet de prévenir <strong>Michelle Obama</strong> qu'elle a des vues sur son mari, logique pour une demoiselle de son calibre. On est toujours sans réponse du président jusqu'à ce jour mais ne perdons pas espoir.

I'm like a dog, I never speak but I understand

<strong>Jay-Z</strong>, <em>Never change</em> : I'm like a dog, I never speak but I understandLe saviez-vous ? <strong>Jay-Z</strong> et les canidés ont un grand point commun : chacun "ne parle pas mais [il] comprend". Cela fait partie des nombreuses phrases où l'on se demande simplement comment une association d'idées aussi saugrenue a parcouru un tel chemin. <strong>Jay-Z</strong> y a-t-il pensé en voyant un chien juste devant lui ? En avait-il assez de se faire traiter de tête de chameau, au point de vouloir se trouver un autre animal à tout prix ? Mystère.

Shady said it, Shady meant it, I stay demented / I'll throw a stroller at you, with a baby in it

<strong>Eminem</strong>, <em>Stir Crazy</em> Shady said it, Shady meant it, I stay demented / I'll throw a stroller at you, with a baby in itVoici une des fulgurances du <strong>Eminem</strong> des grands jours, c'est à dire celui qui insulte la terre entière, pas le robot dépressif qui parle de c?ur brisé avec <strong>Rihanna</strong>. A fond dans son rôle de désaxé, il beugle qu'il assume ce qu'il dit (<em>shady said it, shady meant it</em>), qu'il reste un dément, et la mesure suivante vient illustrer son propos de la meilleure des façons puisqu'il menace de vous jeter un landau à la gueule, ce qui reconnaissons-le est assez original à défaut d'être efficace. La chute de la phrase précise pour ceux qui auraient des doutes qu'il y aura bien un un bébé dans le landau en question, ce qui parachève le tableau de la plus belle des façons

On ecstasy, bitches undress me / Balls in their mouth like Dizzy Gillespie

<strong>Bizarre</strong>, <em>Drugs</em> - On ecstasy, bitches undress me / Balls in their mouth like Dizzy Gillespie <strong>Bizarre</strong>, assurément le <em>freak</em> par excellence de D12 (groupe d'<strong>Eminem</strong> dans une autre vie) nous livre une des rimes dont il a le secret. Le rappeur se permet un parallèle original entre d'une part des jeunes femmes rendues peu farouches par la consommation d'<em>ecstasy</em> qui prennent ses testicules en bouche ; d'autre part la tête de <strong>Dizzy Gillespie</strong>, très joufflu.Une comparaison très visuelle, et joliment trouvée.

Les excréments

<strong>Canibus</strong>, <em>Buckingham Palace</em> : I'm gettin so high that whenever I drop shit / It lands on the window of your airplane cockpit<strong>Young Jeezy</strong>, <em>Trap or die</em> : Got diarrhea flow, now I shit on niggas, even when I?mconstipated I still shit on niggas Les rappeurs et leur caca, un grand classique qui donne souvent des lyrics passionnants. <strong>Canibus</strong> nous explique qu'il plane tellement (<em>I'm gettin so high</em>) que quand il fait sa grosse commission, il n'est pas rare de voir la chose tomber sur le hublot de votre avion. Dommage pour la vue.<strong>Young Jeezy</strong>, plus traditionnel, préfère souligner dans un 1er temps l'équivalence entre son <em>flow</em> et une diarrhée ; ok ça ne fait pas envie mais ça coule facilement, tout en lui permettant de chier sur les autres. Prévoyant, il rappelle que même la constipation ne l'empêchera pas de déféquer sur qui il veut, ce qui n'est effectivement pas donné à tout le monde.

I stay high like giraffe pussy

<strong>Gucci Mane</strong>, <em>Trap House</em> : I stay high like giraffe pussyParfois, autant aller à l'essentiel. Gucci est défoncé, Gucci plane, et Gucci a sa façon unique de partager son état de grâce avec le public en disant qu'il plane aussi haut qu'une "chatte de girafe". Si l'on prend le spécimen classique de <em>Giraffa Camelopardalis</em>, on peut estimer que la hauteur de ses parties génitales n'excède pas les 2 mètres, ce qui n'est pas si haut que ça, surtout comparé à Canibus qui dépassait l'altitude d'un avion en plein vol. Sans le faire exprès Gucci Mane a donc trouvé une façon bien à lui de militer pour la consommation de substances illicites avec modération.

Respect my motherfucking dick

<strong>Young L</strong>, <em>Respect my dick</em> : Respect my motherfucking dickLes femmes, les minorités, les enfants, nombreux sont ceux dont les droits sont bafoués, mais <strong>Young L</strong> ose briser un tabou en affirmant à chaque refrain que c'est surtout sa bite qui mérite le respect. Dans l'introduction du morceau, et particulièrement dans le clip, il est en effet victime d'une jeune fille méprisable qui lui dit par téléphone "<em>fuck your dick</em>", et sera contraint de la séquestrer pour lui apprendre les bonnes manières. Un problème dont on ne parle pas assez, illustré par <strong>un clip qu'on vous invite à découvrir</strong>.

You got the number, it's on you to make the call, you know I come quick, help you re-decorate your walls

<strong>Devin the Dude</strong>, <em>Fuck you</em> : You got the number, it's on y ou to make the call, you know I come quick, help you re-decorate your wallsDéboulant tout droit de Houston et du label <em>Rap-A-Lot</em>, Devin a eu une exposition internationale avec le morceau <em>Fuck you</em> sur l'album <em>Chronic 2001</em> de <strong>Dr Dre</strong>. L'accompagnant avec <strong>Snoop Dogg</strong>, il se différencie des deux compères par son style à la cool complètement décomplexé. Là par exemple, il explique aux intéressées qu'elles n'ont qu'à l'appeler, et qu'il est de notoriété publique qu'il démarre très rapidement (dans tous les sens du terme), quitte à "aider à redécorer les murs", pas avec de la peinture vous l'aurez compris. Le jeu de mot implique aussi que les murs sont les parois vaginales, forcément. Droit au but, mais attention à ce que le coup ne parte pas tout seul, ce serait dommage.

My glock hole bigger than Nicki Minaj camel toe

<strong>Rick Ross</strong>, <em>Mafia music 2</em> : my glock hole bigger than Nicki Minaj camel toeVu son obésité on pourrait croire que <strong>Rick Ross</strong> évite de s'attaquer au physique des gens, notamment quand il les invite en <em>featuring</em> par la suite, mais c'est bien mal le connaître. Comme tout <em>gangsta</em> rappeur qui se respecte il se vante d'avoir un gros flingue (normal) donc un gros canon (logique), d'où la précision "plus gros que le <em>cameltoe</em> de <strong>Nicki Minaj</strong>" (pourquoi pas). Le <em>cameltoe</em> est, pour reprendre la définition de Wikipedia "un terme argotique anglais utilisé pour désigner la forme, vue sous des vêtements moulants, des grandes lèvres d'une femme". A priori Ross aurait pu se contenter d'une comparaison avec la taille des fesses de Nicki, mais là pour le coup cela aurait été trop grand, et dire que son flingue est plus petit que le cul d'une rappeuse serait contre-productif. Notre <em>Teflon Don</em> a donc dû se creuser la tête pour trouver quelque chose d'autre, d'une taille conséquente tout en restant plus petit que le canon de son arme, et a finalement trouvé son bonheur avec le <em>cameltoe</em> de la <em>Black Barbie</em>. Pas fair-play, mais il n'avait pas le choix.

Your pussy's the best, I must confess, whenever you're horny I got a "S" on my chest

<strong>Too Short</strong>, <em>I must confess</em> : Your pussy's the best, I must confess, whenever you're horny I got a "S" on my chestUn oiseau ? Un avion ? Non, c'est <strong>Too Short</strong> qui veut baiser. <strong>Booba</strong> disait que son rap était "un poème sans poésie", on peut dire que le fier représentant du pimp rap fait des chansons d'amour sans amour. Ici il décrit sur 3 couplets sa vision d'une relation parfaite, reposant avant tout sur une femme discrète qui se révèle être un prodige au lit. Du coup, <em>Short Dawg</em> donne son maximum pour en profiter dès qu'il peut, comme l'illustre cet enchaînement. On a d'abord la mise sur un piédestal des parties intimes de l'élue (Your pussy's the best), puis le serment d'allégeance : qu'il pleuve qu'il neige ou qu'il vente, dès qu'elle est excitée il sera toujours prêt à la satisfaire, n'hésitant pas à se comparer à <strong>Superman</strong>, a priori autant pour ses performances que pour sa rapidité à "secourir" la jeune femme. Par contre on est en droit de se demander si les menstruations sont sa kryptonite.

You ain't wet nobody, nigga, you Canada Dry

<strong>Common</strong>, <em>Stay Schemin remix</em> : you ain't wet nobody, nigga, you Canada DryLes anglophones ont cette chance de pouvoir traiter quelqu'un de <em>Canada Dry</em> en faisant passer ça pour une des pires insultes au monde. Dans le <em>beef</em> qui l'a opposé à <strong>Drake</strong>, <strong>Common</strong> s'est fendu d'un remix très personnel du morceau <em>Stay Schemin</em>, où il lâche donc cette rime. En gros, il fait remarquer à sa cible qu'il ne fait saigner (ou pisser, ou transpirer, cochez la bonne case) personne (<em>You ain't wet nobody</em>), sous-entendu il n'impressionne personne et n'est pas un dur. L'attaque est ponctuée par le doux sobriquet "you <em>Canada Dry</em>", qui joue sur la nationalité de <strong>Drake</strong> effectivement canadien, en l'associant à la marque de soda <em>Canada Dry</em> (sec) qui permet de se désaltérer. Bref, une fascinante manière de lui rappeler que c'est une fiotte.

I putcha brains everywhere so you can share ya thoughts

<strong>Jadakiss</strong>, <em>Fantastic 4 part II</em> : I putcha brains everywhere so you can share ya thoughtsNombreux sont ceux qui ont joué sur les différentes déclinaisons de l'expression "exploser la cervelle" (<em>I put your brains everywhere</em>) mais <strong>Jadakiss</strong> a notre préférence pour son côté épuré. Droit au but, le New Yorkais explique qu'il est prêt à vous aider à communiquer si vous y tenez vraiment, puisque la seconde partie de la phrase indique que ce n'est pas par sadisme qu'il fait ça, mais pour que son interlocuteur puisse "partager ses pensées" (<em>share ya thoughts</em>) avec l'assistance. Délicate attention pour les plus timides d'entre nous.

I'm at the round table, where your seat at? Where your plate, where your lobster, where your sea bass ?!

<strong>Gunplay</strong>, <em>Power Circle</em> : I'm at the round table, where your seat at? Where your plate, where your lobster, where your sea bass ?!<strong>Gunplay</strong> semble fêter sa réussite et a l'air particulièrement heureux de son repas, puisqu'il scande avec passion qu'il est à la table ronde (donc le carré VIP, même si géométriquement c'est discutable) comme les chevaliers du Roi Arthur. Puis il interpelle les quidams moins chanceux que lui en leur demandant avec véhémence où est leur place, leur assiette, leur homard, sans oublier bien entendu leur loup de mer. Parce que dans la vie il n'y a pas que les voitures et les bijoux comme signes extérieurs de richesse, Gunplay exige de la haute gastronomie et il a bien raison.

Les réflexions de Lil Wayne

<em>6 foot 7 foot </em>: Bitch, real G?s move in silence like lasagnaLes vrais G's (<em>gangsters</em>) bougent en silence comme des lasagnes. Dit comme ça, c'est incompréhensible (Freeman et son <em>twix</em> ne sont pas loin), même si on trouvera toujours un étudiant en lettres optimiste pour faire un parallèle avec "la Terre est bleue comme une orange". En fait Lil Wayne joue sur la prononciation du mot <em>lasagna</em>, où le G est amoindri (il bouge en silence, quoi) et se combine avec le N, comme le mot lasagne en français. Par contre même amoindri le G n'est pas entièrement silencieux, et du coup cette phrase a donné des migraines à certains outre atlantique.<em>The Sky is the limit</em> : And when I was five my favorite movie was the Gremlins, ain't got shit to do with this but I just thought that I should mention Seconde chance avec les <strong>Gremlins</strong>, cette fois ça n'a rien de compliqué mais l'aspect totalement hors sujet retient l'attention. En plein milieu d'un <em>egotrip</em> Weezy fait une parenthèse pour expliquer qu'il a vu le film Les <em>Gremlins</em> quand il avait 5 ans, reconnaissant à la mesure suivante que ça n'a strictement aucun rapport avec quoique ce soit mais qu'il voulait le dire quand même. On est très content pour lui, mais rappelons que <em>Gremlins</em> est l'un des longs-métrages qui a engendré l'interdiction PG-13 (interdit aux moins de 13 ans), suite à la séquence du petit monstre qui explose dans le micro-ondes. Ce sacripant de <strong>Lil Wayne</strong> est donc un hors-la-loi depuis son plus jeune âge.

My mother said, You sucked my pussy when you came out

<strong>Vast Aire</strong>, <em>A b-boys alpha</em> : My mother said, You sucked my pussy when you came outÉmouvante anecdote que nous offre <strong>Vast Aire</strong> avec une citation de sa mère, sans doute nostalgique de tous les bons moments passés. On ne la connaît pas mais la dame a l'air de savoir s'y prendre avec les enfants, comme le prouve son tendre regard sur la naissance de son fiston. Elle lui fait remarquer qu'il "lui suçait la chatte" quand il est né, pour mieux lui rappeler par la suite qu'elle lui a donné la vie et peut lui reprendre comme bon lui semble. L'amour maternel, il n'y a que ça de vrai.

I'm like the fly Malcolm X, buy any jeans necessary

<strong>Kanye West</strong>, Good Morning : I'm like the fly Malcolm X, buy any jeans necessary Une phrase typique de <strong>Kanye West</strong>, tout y est : l'auto célébration, le côté vain, et pour certains irritant. A la base il s'agit juste d'un jeu de mot idiot où "<em>jeans</em>" remplace "<em>means</em>" dans la célèbre phrase de <strong>Malcolm X</strong> "<em>by any means necessary</em>" (par tous les moyens nécessaires) qui parlait d'obtenir le respect. Évidemment, West détourne sans complexe la déclaration pour nous expliquer qu'il est comme un Malcolm X de la mode et qu'il n'hésitera pas à acheter tous les jeans possibles pour rester à la page. Consternant ou drôle selon le point de vue, à l'image de certaines apparitions publiques.

Put a dick in your ear and fuck what you heard

<strong>Fabolous</strong>, Lullaby - Put a dick in your ear and fuck what you heard<strong>Fabolous</strong> est reconnu pour ses textes jouant souvent sur des double sens très malins et témoignant d'une maîtrise de la langue de Shakespeare souvent jouissive. C'est tout logiquement qu'on a mis de côté les métaphores subtiles pour choisir une des rimes les plus outrancières mais drôles : Loso vous suggère de vous mettre un pénis dans l'oreille, avant de poursuivre par "<em>fuck what you heard</em>", littéralement "<em>rien à foutre de ce que t'as entendu</em>". Du génie. On peut y voir un possible influence d'une scène de <strong>Scary Movie</strong>, qui, chez nous, avait déjà marqué Rohff.

Your white tee well to me looks like a nightgown, make your mama proud take that thing 2 sizes down

<strong>Andre 3000</strong> ? <em>Walk it out remix</em> : your white tee well to me looks like a nightgown, make your mama proud take that thing 2 sizes down Au niveau du style, les habits des rappeurs et autres amateurs ont évolué selon les époques mais les vêtements larges ont marqué durablement les esprits. Dans le sud des États-Unis en particulier la mode des longs t-shirts blancs a fait des ravages. <strong>Andre 3000</strong> (moitié du groupe Outkast) ne semble pas vraiment apprécier et le fait savoir, en s'adressant à un jeune homme dont le t-shirt se rapproche d'une "chemise de nuit" et lui conseille gentiment de prendre le même "2 tailles en dessous" pour que sa maman soit fière de lui. On peut se demander si les accoutrements excentriques d'Andre sont tellement plus normaux qu'un t-shirt XXXL mais c'est encore un autre débat.

Young black and famous with money hanging out the anus

<strong>Diddy</strong>, <em>Can't nobody hold me down</em> : young black and famous with money hanging out the anusUne rime qui représente bien le style du boss de Bad Boy Records en une description sans équivoque. Diddy se décrit en quatre dimensions essentielles : jeune, noir, célèbre, et riche. En fait, tellement riche que l'adjectif n'a apparemment pas été jugé suffisant, il fallait quelque chose de plus parlant, et c'est là qu'intervient la merveilleuse formule "<em>with money hanging out the anus</em>". C'est-à-dire que la fortune de <strong>Sean Combs</strong> est si colossale qu'il a littéralement de l'argent qui pend de son derrière, un peu comme les enfants qui ont la diarrhée mais avec des billets de banque.

2 Chainz et la cuisine

<em>No Lie</em> : I take your girl and kidnap her, feed her to my mattress<em>In Town</em> : You pass out, I come too, dippin' it like fondue, spinach dip, cheese stick<em>Yuck </em>: Known to act a donkey on the camel toe, then take the camel toe and turn it into casserole<strong>2 Chainz</strong> a un rapport particulier aux femmes qu'il associe souvent à de la nourriture, ce qui change un peu des analogies habituelles tant il pousse loin ses rapprochements. Sur <em>No Lie</em> il explique qu'il kidnappe la femme d'un autre et la donne à manger à son matelas, qu'il semble nourrir assez régulièrement.Il passe à l'étape supérieure sur <em>In Town</em> puisque sa description d'un orgasme se résume à saucer de la fondue, savoyarde ou italienne, nous n'en saurons pas plus et c'est bien dommage. On apprend tout de même qu'il y aurait une sauce aux épinards dans laquelle une allumette au fromage vient faire trempette. Miam.Dans <em>Yuck</em> c'est le <em>cameltoe</em> d'une chanceuse qu'il dit "transformer en ragoût", ce qui requiert sans doute encore plus de doigté.Il semble que ce côté culinaire permette à <strong>2 Chainz</strong> d'être plus éloquent que d'habitude, parce que sinon il avoue de lui-même être dépourvu d'imagination, comme sur <em>Birthday Song</em> : "She got a big booty so I call her Big Booty" ("elle a un gros cul alors je l'appelle Gros Cul", on peut dire ce qu'on veut mais sa sincérité force le respect).

They drop mid-garbage, my bars hot like Papa Bear porridge

<strong>Cassidy</strong>, <em>Get Retarded freestyle</em> : They drop mid-garbage, my bars hot like Papa Bear porridge <strong>Cassidy </strong>excelle dans l'art du <em>freestyle</em>, et celui-ci ne fait pas exception à la règle, sauf qu'on y trouve un clin d??il assez décalé. Alors qu'il enchaîne les phrases <em>egotrip</em> et les crottes de nez sur la concurrence, Cassidy se permet une comparaison un peu spéciale. Après avoir réaffirmé la médiocrité des autres rappeurs (<em>they drop mid-garbage</em>), il met en avant son talent d'une curieuse façon en disant que son rap est "aussi chaud que le porridge de Papa Ours". C'est une référence directe à l'histoire de Boucle d'Or, qui trouvait le bol du père ours beaucoup trop chaud. Cassidy a su garder son âme de gosse et on s'en réjouit.

Put a quarter in ya ass 'cause ya played ya'self

<strong>Big Daddy Kane</strong>, <em>The Symphony</em> : Put a quarter in ya ass 'cause ya played ya'selfUn <em>quarter</em> c'est une pièce de 25 <em>cents</em>, et pour <strong>Big Daddy Kane</strong>, toute personne qui n'est pas capable de regarder la réalité en face devrait s'en enfoncer une dans les fesses. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il joue sur le terme "play yourself" qu'il utilise dans le sens de se mentir à soi-même, se tromper, mais qui renvoie aussi au jeu, où les pièces ont un rôle central. Avis aux amateurs.Dans son autobiographie <strong>Jay-Z</strong> déclare qu'il a toujours trouvé cette <em>punchline</em> impressionnante, pas seulement pour sa signification ou le sens de la formule, mais aussi parce que ce serait BDK qui aurait popularisé voire inventé l'expression "<em>play oneself</em>" alors qu'elle n'était pas répandue à l'époque.

Hoes on my dick cause I look like Jesus

<strong>Lil B</strong>, <em>Look like Jesus</em> : Hoes on my dick cause I look like Jesus<strong>Lil B</strong>, le <em>based God</em> comme lui et ses fans aiment le surnommer, a des textes qui vont dans tous les sens (il peut prêcher la positivité sur un titre puis parler d'enfoncer son sexe dans des narines au morceau suivant, et croyez le ou non ce n'est pas contradictoire), il y avait donc de nombreuses prétendantes mais cette phrase reste la favorite, car elle est devenue sa marque de fabrique. Dans son trip de <em>Based God</em>, Lil B se compare à Jésus et c'est d'ailleurs la cause de son succès auprès des femmes (<em>hoes on my dick</em>) selon lui. Ce qu'il y a de bien avec cette formule c'est qu'elle est déclinable à l'infini, et le rappeur d'Oakland ne s'en prive pas puisqu'il la reprend dès qu'il peut en changeant simplement son modèle, on a donc eu droit à : <em>hoes on my dick cause I look like Matlock</em> (héros d'une série judiciaire), <em>a dead man</em>, <strong>John Stockton</strong> (joueur de baseball) ou encore <strong>Frasier</strong>. Parfois il se contente d'ailleurs de dire "<em>I'm</em> [insérer le nom de la célébrité de votre choix]", ce qui a donné les étonnants "I look like <strong>Mel Gibson</strong>, I'm <strong>Mel Gibson</strong>", "I'm Miley Cyrus" , "I'm Paris Hilton", "Bitch I'm Bill Clinton", etc.Le point commun étant à chaque fois l'absence totale de ressemblance entre ces gens et Lil B, qui n'a pas volé son titre de Strangest Rapper Alive.

Le monde de Riff Raff

<em>Otis </em>: I live the life of a Tampax tampon / Go to sleep leave the lights on<em>Deoin Sandals</em> : Rap game Julio Franco, Chuck Norris, Texas Ranger<em>Tatted Like A Biker Boy</em> : My sandals are perpendicular<em>Cookie Crisp</em> : Slapped a bitch on purpose and didn't say sorry / But I can play Atari through an African safariOn pourrait pratiquement citer l'intégralité des paroles de <strong>Riff Raff</strong> tant son style est en apparence cartoonesque. Qu'il aligne des phrases obscures (j'ai frappé une pute sans dire pardon / mais je peux jouer à Atari pendant un safari en Afrique ; je vis la vie d'un Tampax, etc), voire complètement absurdes (Mes sandales sont perpendiculaires), il se devait d'être présent dans cette sélection. Sa signature reste les formules où il met le nom d'une personnalité juste après "rap game" pour se décrire lui-même (ne cherchez pas de logique là-dedans vous allez saigner du nez) comme ici avec "Rap game Julio Franco, Chuck Norris, Texas Ranger". Sa meilleure trouvaille reste pour l'instant "Rap game Super Mario Bros 3 when you duck behind the bricks and then fly up behind the black screen at the end and get stuff" qui parlera à de nombreux <em>gamers</em>.Voir aussi : Comment Riff Raff a trollé la promo de Spring Breakers

Bonus

<strong>R. Kelly</strong>, <em>In love with a stripper remix </em>: I must be the first man to everfall in love with an ass gonna bend down on my knees, and ask that assto marry me [?] I wanna stick it,wanna kiss it, if I couldI'd put my whole damn head in itLa boucle est bouclée avec <strong>R. Kelly</strong> (souvenez-vous : la rime de <strong>Cam'ron</strong>, le pipi, etc). Certes ce n'est pas un rappeur mais l'intégralité de son couplet sur le remix du morceau <em>In love with a stripper</em> se prête parfaitement au sujet. Du début à la fin il fait littéralement une déclaration d'amour à une paire de fesses, qu'il demande en mariage, avant de conclure en clamant qu'il mettrait sa tête toute entière dedans s'il le pouvait. Toujours garder le meilleur pour la fin.A noter que le coup de la tête toute entière peut rappeler un sketch de <strong>Michel Muller</strong> lui-même inspiré d'un titre de <strong>Stomy Bugsy</strong> ("Mets ta tête dedans") et qu'il a consciemment ou non inspiré Ol Kainry pour son clip Sexy Legging et Louboutin où le rappeur offre une bague à des fesses qu'il veut épouser. On espère que cette glorieuse tradition se perpétuera encore longtemps à travers les âges et les nations ; comme vous pouvez le voir, <strong>ça vaut le coup</strong>.

He'll never be recording again, both hands on the nine like a quarter to ten

<strong>Crooked I</strong>, <em>We takin ova freestyle</em> : He'll never be recording again, both hands on the nine like a quarter to tenUn parallèle qui fonctionne parfaitement quand on l'imagine tant il est visuel : Crooked I évoque une menace de mort qu'il illustre de très belle manière dans la seconde mesure où il se contente de dire "les deux mains sur le <em>nine</em> (pistolet 9 millimètres) comme 10h moins le quart". Mais si, regardez : quand il est 9h45, la petite et la grande aiguille sont presque alignées sur le chiffre 9 de votre horloge. Comme les mains d'un assassin sur son 9 millimètres. Ludique, rapide et efficace, en un mot mortel.

Quand on parle de rap américain, on a souvent le cliché d'un artiste qui privilégie avant tout l'image et la musicalité au détriment du texte qui ne présenterait du coup aucun intérêt. Sauf que c'est une légende urbaine, tenace certes, mais assez fausse : le désir de prouver qu'on est capable de surprendre par ses lyrics a toujours été présent. En témoignent des punchlines toujours plus hallucinantes et drôles années après années. Amusantes, invraisemblables, bien trouvées, crues, hardcore, irrévérencieuses, idiotes, absurdes et, pour employer un gros mot, parfois même poétiques : petit tour d'horizon (loin d'être exhaustif) des textes improbables que la langue de Shakespeare nous a offerts outre atlantique.Par Yérim SarVoir aussi : RapPoems, la poésie cachée du rap US