Woody Allen met sa carrière entre parenthèses
UPI/ABACA

"Que les gens ne m’aient jamais accordé le bénéfice du doute, c’est une chose qui m’a abasourdi."

Soit dit en passant, les mémoires de Woody Allen, paraitront le 3 juin prochain en France. Avant la parution du livre édité chez Stock, nos confrères du Point ont obtenu un entretien exclusif avec le célèbre et très controversé réalisateur. Ce dernier y évoque ses écrits tout en revenant sur les accusations d’attouchements sexuels sur sa fille, Dylan, survenus en 1992. Des accusations qu’il continue de réfuter formellement. C’est son ex-épouse, Mia Farrow, qui avait porter plainte contre lui à l’époque, juste après avoir découvert la relation qu’entretenait le cinéaste avec sa fille adoptive, Soon-Yi. Woody Allen décortique l’affaire dans les pages de son livre, persuadé que les accusations de son ex-femme ont été motivées par une soif de vengeance. 

Bientôt trois décennies après les faits et alors que la parole se libère enfin, le réalisateur ne comprend pas pourquoi l’opinion publique a plutôt tendance à se ranger du côté de Farrow plutôt que du sien. "Tous les faits devraient mettre les gens de mon côté, mais l’atmosphère, le sentiment général font que ce n’est pas le cas, commence-t-il. Je pensais, oui, vraiment, que les gens examineraient la situation, le caractère illogique de ce qui était colporté, mais non. (…) Et puis c’est extrêmement difficile de détromper les gens, on dirait que les faits importent peu, car je convoque les faits, la logique… Mais ça ne pèse rien contre l’émotion."

Larry David soutient Woody Allen

Le cinéaste va plus loin, jusqu’à comparer sa situation à celle de la chasse aux communistes outre-Atlantique, à l’époque de la doctrine de Joseph McCarthy. "Une époque où l’on pouvait dénoncer son voisin avec une accusation étayée sur absolument rien, et dont il ne servait d’ailleurs à rien de prouver la fausseté. On n’en est pas là aujourd’hui, mais il y a quelques éléments qui la rappellent.", avance-t-il.

À ce titre, Allen affirme que refuser de tourner avec lui est devenu "la dernière chose à la mode", et dénonce par la même occasion l’instrumentalisation du mouvement #MeToo par ses détracteurs. "Le mouvement #MeToo a ses fanatiques comme tous les mouvements, mais ce n’est pas lui le problème, affirme-t-il. Le problème, c’est d’instrumentaliser un mouvement légitime en proférant de fausses accusations qui exploitent la situation de femmes vraiment maltraitées." Et d’ajouter : "En 50 ans de cinéma, j’ai travaillé avec des centaines d’actrices et je n’ai jamais été accusé de la moindre conduite inappropriée. Toutes les femmes avaient le même salaire que les hommes. Alors que les gens ne m’aient jamais accordé, spontanément, le bénéfice du doute, c’est une chose qui m’a abasourdi." 

Woody Allen a trouvé une nouvelle maison d'édition pour ses mémoires