L'armée américaine adore Hollywood. Surtout ses blockbusters à la gloire des G.I's et autres Navy Seals qui triomphent d'invasions extraterrestres. Il n'y a jamais eu de statistiques précises sur le sujet, mais c’est bien connu : le ministère de la défense se frotte les mains à chaque fois qu'un Battle Los Angeles ou qu'un Independance day remplit les salles américaines. C'est bon pour l'image des troupes mais aussi pour le recrutement. Du coup, l'administration et l'infrastructure militaire n'ont jamais refusé de collaborer avec les studios, créant même au ministère, un bureau de liaison avec Hollywood. Avengers (qui met en scène l’alliance entre l’armée et les vengeurs pour sauver la planète) et son succès sans précédent aurait dû réjouir cet organisme, ce n'est curieusement pas le cas.Deux jours après les premiers communiqués triomphants annonçant le record du film au box office US, le Defense Department's Hollywood Liaison met le drapeau en berne. Phil Strub, son porte-parole, a fait savoir que la collaboration avec Marvel Films allait être temporairement interrompue. Pourquoi ? Parce qu'Avengers ne serait pas... réaliste !Ce n'est pas tant sur le principe de super-héros prenant à coeur de défendre la Terre que le ministère semble achopper, mais sur le SHIELD, l'organisation dirigée par Nick Fury, parfois en désaccord avec ses supérieurs. "Nous ne pouvons pas concilier la fantaisie de cette organisation et le rôle que l'armée y joue. A qui répond le SHIELD de ses actes ? Travaillons-nous pour lui ? Nous butons sur ces questions et avons décidé que nous ne pouvions plus travailler sur ce film, car ça en arrivait à un point ou ça ne faisait plus sens" vient d'annoncer Strub.La production d'Avengers a pu filmer les Humvees de la garde nationale de New York lors de la scène d'assaut dans Manhattan et a pu inclure (digitalement) des images des tous derniers modèles de jets de l'Air force. Mais le comportement de Fury, qui refuse parfois d’exécuter les ordres de ses supérieurs, est donc perçu comme de la sédition et remet ce partenariat en cause... On peut aussi imaginer que l’armée craigne que le Fury des films se transforme comme celui des comics en héros anar. Dans certaines BD des Vengeurs, ce vieux briscard devenait un franc-tireur et prenait le maquis avec une bonne partie de ses troupes pour organiser un contre-pouvoir face à un gouvernement totalitariste. On imagine le malaise pour la US Army !Si on rajoute la déclaration de Mark Ruffalo (Hulk) au Huffington Post lors de la première américaine du film, on comprend l’inquiétude grandissante des responsables du Pentagone. Ruffalo expliquait ainsi que "ce film est une métaphore de la situation américaine actuelle et de ce vers quoi nous devrions tendre. Le film parle finalement d'une communauté travaillant main dans la main, sans leader égocentrique. Nous n'avons plus besoin d'être dans une position dominante pour avancer".Il y a quelques semaine, Ray Mabus, l'actuel secrétaire de l'US Navy faisait un caméo dans Battleship, un film pour le coup encore moins "réaliste" qu'Avengers, mais qui respectait plus clairement les valeurs de l'armée américaine. On ne sait pas si Marvel va faire des films plus patriotiques pour se réconcilier avec l'armée. Mais les conseillers du Pentagone peuvent rappeller aux officiers supérieurs qu'il est arrivé à maintes reprises dans les comics que le gouvernement vire des patrons du SHIELD (Nick Fury puis Iron Man)... Il faudra quand même leur soumettre des des versions tronquées des albums : dans l'un d'entre eux, c'est Norman Osborn - alias le Bouffon Vert, l'un des légendaires bad guys des Marvel Comics - qui est mis à ce poste par l'administration.Aucune réaction officielle pour le moment du côté de Marvel films, mais vu qu'un Iron Man 3 est en préparation - et vu le métier de fabricant d'armes de Tony Stark, il semble difficile de pouvoir se passer de la collaboration de l'armée - on peut supposer que la production essaie d'arrondir les angles.Alex Masson







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