Première
par Thierry Chèze
Quelle est la meilleure éducation possible pour ses enfants ? Quelles sont les limites du choix de vivre volontairement dans la marginalité pour protéger les siens de la violence du monde ? Voici les questions qui dominent le nouveau Baya Kasmi (Youssef Salem a du succès). Le premier écrit sans Michel Leclerc. Et le premier aussi où, sans qu’elle soit absente, la comédie n’en dicte pas le tempo. Car ici, le ton se fait doux- amer voire mélancolique, épousant les fluctuations d’humeur de ses personnages. A commencer par celui de Mikado (Félix Moati, intense), gamin de la DDASS, devenu un trentenaire écorché vif car portant toujours en lui les stigmates d’une enfance en souffrance passée dans une famille d’accueil qu’il ne cesse de harceler pour qu’elle reconnaisse ses torts et qui, en portant plainte pour harcèlement, l’oblige à prendre la route en camping- car avec sa compagne (Vimala Pons, une fois encore impériale) et leurs deux enfants pour échapper à la police. Et c’est en chemin, après une panne, qu’ils rencontreront Vincent (Ramzy Bédia, lumineux), un enseignant vivant seul avec sa fille, chez qui ils vont s’installer le temps d’un été qui remettra en cause les certitudes de chacun. Baya Kasmi signe ici un film sous une tension d’autant plus lancinante qu’elle contraste avec la douceur apparente des échanges et le parti pris d’une lumière chaude et sensuelle. La qualité d’écriture des personnages, cette manière de raconter leurs contradictions sans se faire avocate, procureure ou juge rendent ce récit attachant sans verser dans la sensiblerie. Un pas de côté remarquablement orchestré.