Marti Noxon
Abaca

La présidente du jury de Séries Mania se confie.

Son CV a de quoi donner le tournis. Après s'être fait connaître en tant que scénariste sur Buffy contre les vampires, Grey's Anatomy, Mad Men ou Glee, Marti Noxon a réalisé le film Netflix To the Bone et créé les séries comme UnREAL, Dietland ou Sharp Objects... La présidente du jury de Séries Mania 2019 s'est confiée lors d'une table ronde avec plusieurs journalistes. Première y était.

Vous avez dit en interview avoir été plusieurs fois en désaccord avec Jean-Marc Vallée sur Sharp Objects. Est-ce que la présence d'un réalisateur connu sur une série est une menace pour les scénaristes ?
Je crois que je n'avais pas compris à l'époque qu'ailleurs, et notamment en Europe, le réalisateur est le showrunner. Et ça peut très bien fonctionner. On a réussi à s'entendre et au final cette situation a sûrement été bénéfique pour la série.

Est-ce que cette tendance qui consiste à embaucher des réalisateurs célèbres apporte quelque chose de nouveau aux séries dans la façon dont elles sont fabriquées ?
Tout à fait. Evidemment, c'est mieux quand on arrive à collaborer. Les gens qui écrivent pour la télévision ont l'habitude de raconter des histoire sur une longue période. Mais avec l'habitude, on peut finir par limiter son champ de vision. Généralement, quand deux univers entre en collision comme c'est le cas ici, c'est une bonne chose créativement parlant. Mais il y a toujours une période d'ajustement. 

Qu'est-ce qui fait un bon showrunner ?
Je dis toujours qu'un showrunner doit savoir exactement quelle série il fait. Ce qui veut dire qu'il ou elle connaît le ton et sait pourquoi cette histoire mérite d'être racontée. Comme énormément de personnes sont impliquées sur une série, un bon showrunner est le garant de sa spécificité. Toute la journée, votre travail est de dire : "C'est une bonne idée, mais ça ne fonctionnerait pas avec cette série". Sinon, tout se casse la gueule (Rires.) 

Vous avez dû vous battre avec des executives sur Sharp Object ?
Pas vraiment. J'ai travaillé de très près avec la romancière Gillian Flynn, qui a écrit le roman sur lequel la série est basée. C'est marrant : une femme a écrit le livre, je l'ai adapté, ça parle de femmes et... on était entourées d'hommes à tous les étages (Rires.) J'ai souvent dû leur expliquer ce que j'ai moi-même vécu en tant que femme. Heureusement, Jean-Marc Vallée a une immense compréhension des personnages féminins.

Vous avez signé un contrat de quatre ans avec Netflix. Pourquoi avez-vous été attirée par le streaming ? Est-ce parce que pour vous la télévision classique vit ses dernières heures ?
Le streaming, ça marche, et le public s'y retrouve. Il y a de fortes chances que dans les dix prochaines années, la télévision traditionnelle se concentre sur le direct : les infos, le sport, des émissions de télé-réalité qu'il faut regarder en temps réel... De nos jours quand on ne peut pas accéder à des séries quand on veut, on se sent frustré. J'ai fait la série Dietland pour AMC et on n'a pas été disponibles en streaming avant des mois. On avait réussi à attirer l'attention sur la série, les gens commençaient à en parler et puis ceux qui ne l'avaient pas vue lors de la diffusion n'ont pas pu la rattraper et... zou, c'était fini. On était condamné sans le streaming. Je sais par exemple que ma série Girlfriends' Guide to Divorce marche très bien sur Netflix. Donc pour en revenir à votre question, je faisais déjà des séries qui étaient beaucoup vues en streaming, mais je ne les faisais pas directement pour ces plateformes. Donc il était temps de rendre les armes (Rires.)

Sur quels séries travaillez-vous pour Netflix ?
Un projet autour de sorcières. Bon, je sais bien que les sorcières sont partout en ce moment, mais j'ai envie de faire cette série depuis des années. Je suis tombée sur un livre que j'adore et qui se déroule dans le passé, mais qu'on peut facilement transposer au présent. Il y aura aussi beaucoup de fantômes. Des sorcières et des fantômes, comment ne pas avoir envie de voir ça ? (Rires.) Et je travaille aussi sur une comédie au format trente minutes. J'avais besoin de rire.

Netflix a la particularité de ne pas communiquer ses audiences, même aux créateurs. C'est rassurant ?
Pour être honnête, je ne regarde plus les audiences de mes séries depuis plusieurs années. Je sais que c'est important, mais elles m'intéresseraient sûrement plus si elles étaient meilleures (Rires.) Aucune de mes séries n'a fait des audiences incroyables au moment de leur diffusion, pourtant elles ont continué leur vie. Je suis habituée à ça. Mais Netflix annule tout de même des séries.

Beaucoup plus ces derniers temps, c'est vrai. Mais il faut vraiment que la série fasse un four.
Ou qu'elle coûte très cher et qu'elle ne rassemble pas assez de gens. Netflix a compris qu'on a tout de même besoin d'avoir une petite idée de l'audience. Je sais par exemple que film que j'ai fait pour eux, To the Bone, a été vu par 20 à 40 millions de spectateurs. Ca fait tellement plus que si le film était sorti au cinéma ! Et en tant que réalisateur, c'est amusant parce qu'on peut avoir tourné un gros succès sans que personne ne le sache (Rires.)

L'écriture est une forme de thérapie pour vous ?
A certains moments, j'ai littéralement écrit pour sauver ma peau. Et d'autres fois, c'est juste parce que ça me rend heureuse. Mais j'aime ça, c'est effectivement thérapeutique et si je ne pouvais pas le faire, je deviendrais folle.

Vous savez pour qui vous écrivez ?
J'espère toujours que c'est pour quelqu'un qui a l'impression de n'intéresser personne. Je veux lui dire que ce n'est pas le cas. Avant de trouver ma voix, je me sentais vraiment seule. Je cherchais quelqu'un à l'écran qui semblait ressentir ça, qui avait l'air d'avoir perdu tout espoir.

A lire aussi sur Première

L'Hermine : Sidse Impératrice

Face à l’impérial Fabrice Luchini, elle est l’atout charme de L’Hermine de Christian Vincent.