Les Gazelles
Paramount

« Après le Cœur des hommes, la chatte des femmes ». Sans doute la meilleure tagline de l’année, cette promesse crue et décomplexée lancée sur l’affiche des Gazelles est tenue (et heureusement bien au-delà) par ce film de filles qui s’avère être une des meilleures comédies françaises de l’année. Comme la trilogie de Marc Esposito tentait de prouver que les femmes n’ont pas le monopole du cœur, le film de Mona Achache viserait donc à démontrer que les hommes n’ont pas celui du cul, et tant qu’à faire rajoutons de l’insouciance, de la vulgarité, de l’égoïsme et de l’indépendance

.L'anti Bridget Jones
A rebours de la plupart des chick flicks dont l’horizon dépasse rarement le pitch d’un article de Elle, ces Gazelles recherchent non pas l’Amour mais l’émancipation. La trajectoire de Marie (l’excellente Camille Chamoux, aussi au scénario) est donc absolument inverse à celle qu’empruntent généralement les héroïnes des histoires pour filles, de fait toujours des comédies romantiques (beaucoup plus romantiques que comiques), du célibat au couple ou, à la rigueur, du couple au célibat pour mieux revenir au couple – de toutes façons toujours la terre promise. Les Gazelles brouille ces repères, ou plutôt s’en libère : Marie est en couple depuis le lycée et, au moment de signer un emprunt solidaire sur 30 ans avec son mec pour acheter leur premier appart, elle panique, fait sa valise et, épaulée par une bande de célibataires délurées, réapprend l’autonomie et la liberté. Un film sur des femmes, écrit et réalisé par des femmes, évoque donc l’hypothèse que les femmes ont peur de s’engager, veulent faire la fête, aiment les plans cul, ne sont pas toujours bien épilées et peuvent être égoïstes et indépendantes. Rien de neuf ? A en juger par les derniers essais du genre au cinéma, tous descendants de Bridget Jones ou Sex and the City (A coup sûr, Jamais le premier soir), on pourrait presque parler de révolution.

Les filles, en vrai
Car l’atout majeur de ces Gazelles, plus vraiment jeunes, pas forcément belles ni franchement militantes (« on s’en fout d’être féministes, ce qu’on veut, c’est avoir le cul ferme »), c’est qu’elles existent pour de vrai. Dans la mesure où le réalisme l’emporte, rien n’est si simple et la démonstration (mieux vaut être seul que mal accompagné, en gros) se prend parfois les pieds dans le tapis. Marie déchante, son rêve de liberté ressemble à une longue gueule de bois et elle doit affronter un à un les obstacles au bonheur qui barrent la route d’une fille célibataire passée la trentaine, résultant globalement de la pression sociale. Mais comme on n’est pas dans Bridget Jones, Marie ne va pas prendre 6 kilos en bouffant de la glace affalée sur son canapé à chanter All By Myself. Si son but est de trouver le bonheur, ou quelque chose qui s’en rapproche, il ne s’agit pas forcément de le trouver à deux et, surtout, le chemin pour y parvenir n’est pas une parenthèse malheureuse mais une aventure enrichissante. La quête est devenue une fin en soi. A ce titre, Les Gazelles est d’ailleurs bien plus qu’un film de meufs, il est celui d’une génération, paumée et individualiste, écartelée entre cynisme et idéalisme, soif de liberté et irrépressible envie de conformisme. Porté par l’énergie et le timing comique de Camille Chamoux et servi par des dialogues ciselés et souvent hilarants, le film de Mona Achache, co-écrit avec Chamoux et Cécile Sellam, sonne non seulement comme une revanche des femmes au cinéma (« c’est toi qui dis qui, c’est toi qui dis quand, c’est toi qui dis comment ! » impose l’une d’elles en guise de mantra), mais transforme en atout comique implacable tous les maux et les errements d’une génération.
Vanina Arrighi de Casanova

Les Gazelles de Mona Achache, avec Camille Chamoux, Audrey Fleurot, Anne Brochet, Joséphine de Meaux, le 26 mars dans les salles 

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