Les Intranquilles de Joachi Lafosse
LUXBOX

Joachim Lafosse réussit son entrée en compétition en parlant de bipolarité sans tomber dans le piège du film à sujet. Et propulse Damien Bonnard en candidat sérieux au prix d'interprétation

Cinq ans après L’Economie du couple présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, revoici Joachim Lafosse à Cannes pour ses premiers pas dans la compétition. Les Intranquilles surgit après un moment délicat dans son parcours: le ratage de son adaptation du roman de Laurent Mauvignier, Continuer avec un échec critique et public sans appel à la clé. Et la découverte du film rappelle combien la carrière d’un cinéaste n’est qu’une succession permanente de hauts et de bas.

Les Intranquilles raconte une histoire d’amour envers et contre tout, celle qui unit Leila et Damien, en dépit de la bipolarité de ce dernier, sujet à des crises incontrôlables et incontrôlées. Le risque est grand dans ce genre d’entreprise de s’enferrer dans le film à sujet (la maladie mentale et ses dommages collatéraux pour l’entourage) doublé d’une démonstration de force du comédien incarnant les pétages de plomb à répétition. Soit précisément l'inverse de ce qu’est Les Intranquilles. Construit en étroite collaboration avec ses deux interprètes principaux, le film transcende totalement son sujet. D’abord par l’interprétation tout en finesse et contrastes de Damien Bonnard, jamais dans la démonstration, dans le bégaiement par rapport à ce que les scènes racontent et toujours dans un pas de deux incroyablement complice avec une Leïla Bekhti au diapason. Ensuite parce que la maladie n’est jamais le coeur du film mais une empêcheuse de tourner en rond pour que ce couple puisse vivre pleinement et sereinement cet amour qui les unit, eux et leur enfant (remarquablement interprété par Gabriel Merz Chammah, fils de Lolita Chammah... et petit- fils d'Isabelle Huppert). Une ennemie dévorante qui, jour après jour, en dépit de la violence qu'elle charrie, ne fera que renforcer ce lien indéfectible qui les unit.

LES INTRANQUILLES VU PAR LEÏLA BEKHTI ET DAMIEN BONNARD [INTERVIEW]

Les Intranquilles vous terrasse d’émotion(s) précisément car il ne sacrifie à aucune facilité larmoyante. Parce qu’on le vit en immersion dans la tête de Damien, dépassé par ce qu’il vit comme et dans celle de Leïla, refusant d’abandonner le navire malgré les tempêtes successives. La compétition de ce festival de Cannes 2021 se termine sur une note forte. Et on se dit que deux ans après avoir présenté ici même Les Misérables de Ladj Ly, couronné d’un Prix de jury, Damien Bonnard ferait un beau lauréat du prix d’interprétation.