Christian Bale Batman Batsuit
Warner Bros. France

L’ambition de Christopher Nolan, le masochisme de Bruce Wayne et… l’influence de Jimi Hendrix. A l’occasion de la sortie en DVD et Blu-ray de The Dark Knight Rises, nous avions interviewé Christian Bale sur sept années passées sous le masque de Batman. Alors que Tenet s'apprête à sortir au cinéma, nous republions cet entretien avec l'acteur.

Première : Vous vous souvenez de l’état d’esprit dans lequel vous étiez lorsque vous avez signé pour Batman Begins ? Le dernier acteur à avoir interprété Batman était George Clooney et ça ne lui avait pas spécialement réussi…
Christian Bale
 : A l’époque, la saga Batman était devenue une blague, quelque chose de l’ordre du vaudeville. Mais j’avais lu Batman : Year One de Frank Miller et ça m’avait fait entrevoir de nouvelles perspectives. J’étais vraiment déterminé à incarner un Bruce Wayne différent de tout ce qu’on avait vu auparavant. J’avais déjà essayé de jouer dans des « gros » films avant ça, en espérant qu’ils puissent être à la fois de bon divertissements et quelque chose dont je n’ai pas à avoir honte. Mais ça n’avait pas été le cas, et je ne voulais pas refaire la même erreur. Heureusement, ma vision du personnage a rencontré celle de Chris (Nolan).

Avec la trilogie Dark Knight, vous avez joué dans quelques-uns des films les plus populaires de tous les temps, mais vous les aurez traversés caché sous un masque. Vous êtes conscient de ce paradoxe ?
Non seulement j’en suis conscient, mais je savoure l’ironie de la chose. J’en suis ravi. Il faut savoir que je n’ai jamais voulu être une star, un leading man. Je me considère comme un acteur de composition. Parfois, sur le tournage, Chris était d’ailleurs obligé de me recadrer : « Non, Christian, ça va pas le faire. On tourne Batman, là, pas un film indé à petit budget. » (Sourire)

Il n’y a pas que dans les Dark Knight que vous cherchez à disparaître derrière vos rôles : dans Fighter ou The Machinist, vous êtes méconnaissable ; dans Public Enemies, Michael Mann vous filme comme une ombre, un fantôme…
Oui, et c’est ce qui m’intéresse dans le métier d’acteur. Si vous interrogez des gens qui étaient à l’école avec moi, ils vous raconteront qu’à chaque fois que je devais aller au tableau, j’étais rouge comme une tomate. Je ne supporte pas de parler en public, je n’aime pas me mettre en avant, contrairement à ces stars de cinéma qui sont en représentation permanente. Mais demandez-moi de jouer la comédie, donnez-moi un texte à apprendre, laissez-moi du temps pour travailler le rôle, alors je me fiche de savoir combien de personnes me regarde quand je parle. J’aime devenir un autre homme quand la caméra tourne.

Bruce Wayne est une figure masochiste. Vous donnez l’impression de vous mettre en danger à chacune de vos performances. Faut-il être masochiste pour être acteur ?
Ça dépend quel acteur tu veux être. Il y a de la souffrance en jeu dès que tu relèves un challenge, et c’est valable pour plein de choses dans la vie, pas seulement la comédie. Par exemple, je suis un grand fan de Jimi Hendrix. On raconte qu’il a parfois joué de la guitare au point que ses doigts se mettent à saigner. Et il ne s’arrêtait pas pour autant… J’aime cette image, ça me fascine. Je n’y vois pas que de la souffrance, j’y vois aussi du plaisir et de la joie. La joie de créer quelque chose qui a du sens.

Pour vous, Batman, c’est vraiment fini ? Ou peut-on imaginer que vous reviendrez un jour au personnage, sous une forme ou sous une autre ?
Dans ma tête, aujourd’hui, c’est terminé. J’ai commencé cette aventure avec Chris, je l’achève avec Chris. J’ignore tout des plans de Warner pour la suite. Mais ça ne fait aucun doute que Batman reviendra. D’autres acteurs vont l’incarner, et je suis très impatient de voir ça. Le personnage n’a pas besoin de moi, ou de Christopher Nolan, pour continuer d’exister. Il est né en 1939, son pouvoir de fascination est sans fin. Il nous enterrera tous.

Tenet sortira le 12 août prochain en salles. Bande annonce :