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Le Loup et le lion

Trois ans après le carton de Mia et le lion, Gilles de Maistre renoue avec cette idée d’un spectacle familial célébrant les animaux sauvages à la liberté menacée par l’homme et cette idée (qu’on retrouve aussi dans son docu Demain est à nous) que le salut viendra de la jeune génération. Son héroïne a ainsi 20 ans. Et en venant s’installer, à la mort de son grand- père, dans la maison de son enfance, elle se retrouve à élever en cachette un louveteau et un lionceau qui grandissent comme des frères avant que le secret soit éventé et le duo séparé de force.

Thierry Chèze
Julie (en 12 chapitres) : affiche française
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Julie (en 12 chapitres)

Joachim Trier avait disparu. Depuis deux films, il avait abandonné les dérives mélancoliques qui l’avaient imposé comme un cinéaste majeur de la nouvelle génération. Oslo 31 août ou Nouvelle donne parlaient des jeunes branchés aussi paumés qu’ambitieux. Ces balades mélancoliques auscultaient depuis sa Norvège embrumée le xennial angoissé. Mélancolie douce, bandes -sons new-wave, érudition planquée sous une mise en scène moderne…  Trier était le cousin nordique de Noah Baumbach, Mia Hansen-Løve ou Mikhael Hers disons.

Gael Golhen
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Debout les femmes !

« ... Et s’il le faut, ils réinventeront l’assemblée ! », conclut un résumé du film. Mieux, ils vont, la réenchanter le temps d’une séquence de comédie musicale citoyenne où l’hémicycle peuplé uniquement de femmes, s’électrise. Debout les femmes!, qualifié par ses réalisateurs, François Ruffin et Gilles Perret, de « road-movie parlementaire » part à la rencontre des ces travailleuses de l’ombre qui s’occupent au quotidien d’hommes et de femmes à leurs domiciles.

Thomas Baurez
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Storia di vacanze

Affreux, sales et méchants pourrait être le sous- titre de ce Storia di vacanze, à ce détail majeur près qu’ici tout le vitriol déversé sur les personnages et les situations ne conduit jamais vers la farce hilarante. La chaleur écrasante de cet été romain où se déroule l’action contamine le récit tout entier, étouffant, mal aimable et par là même passionnant. On a découvert les jumeaux D’Innocenzo en 2018 avec Frères de sang, beau récit d’apprentissage sur la perte de l’innocence et la corruption de la jeunesse.

Thierry Chèze
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Freda

C’est un film qui a été rattrapé par l’actualité lors de sa présentation dans la section Un Certain Regard du dernier festival de Cannes. Car l’assassinat du Président d’Haïti Jovenel Moïse par un commando armé fait évidemment écho au portrait de ce pays qu’esquisse l’haïtienne Gessica Généus, pour son premier long métrage de fiction qui en dit long sur la tension régnant sur ces terres.

Thierry Chèze
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Le Poète illuminé, Germain Nouveau (1851- 1920)

Cent-un ans et des poussières après sa mort, Christian Philibert (Les Quatre saisons d’Espigoule) consacre au poète Germain Nouveau un documentaire en forme d’enquête « historique, littéraire et philologique. » Philibert entend redonner à ce contemporain de Mallarmé, Verlaine et Rimbaud (dont il était très proche) la place qui lui revient dans l’histoire de la poésie, lui qui a pourtant obstinément refusé l’édition de ses recueils.

François Léger
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L'Homme de la cave

Habitué à la légèreté (Alceste à bicyclette, Les Femmes du sixième étage), Philippe Le Guay a eu envie de changer de registre, plus rugueux, plus sombre, suscitant une curiosité hélas abimée par une manière d’afficher cette nouvelle couleur en forçant le trait. Il faut dire qu’il n’a pas choisi la facilité avec un récit qui entend embrasser deux des maux majeurs actuels - le complotisme et l’antisémitisme – par le prisme des relations virant à l’aigre entre un couple et le mystérieux homme auquel ils ont vendu leur cave.

Thierry Chèze
GALERIE
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Leur Algérie

Elle, se cache souvent le visage avec ses deux mains calleuses et se met à rire compulsivement. Lui, se tient de profil, le port volontiers altier malgré le poids des années, et marmonne. Deux façons de tromper la gêne d’un dévoilement. Aïcha et Mabrouk, plus de soixante de mariage et une vie passée en Auvergne loin des montagnes algériennes de leur enfance, font partie d’une génération où l’effacement a toujours été préférable à l’épanchement. L’intime est un monde à priori infranchissable.

Thomas Baurez
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Tralala

Ils s’y étaient déjà essayés dans Un homme, un vrai. Comme un premier flirt avant la grande passion amoureuse entre deux êtres faits pour vivre ensemble. Car tout dans le cinéma ludique, ancré dans le réel et pourtant toujours un peu ailleurs, des Larrieu devait les conduire vers la comédie musicale. Mais à leur main, à la fois totalement dans le genre et un peu à côté donc. Soit la relation qu’entretient leur personnage principal avec l’existence. Il s’appelle Tralala, un clochard céleste qui squatte un immeuble en démolition quand, dans Paris, il a une apparition.

Thierry Chèze
Mourir peut attendre affiche
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Mourir peut attendre

Étrangement goguenard au sein d’une série qui jouait la carte du sérieux le plus absolu depuis 2006, Mourir peut attendre est très convaincant quand il envisage -enfin !- de nouveau James Bond comme un film essentiellement très distrayant. Le problème est de rester distrayant pendant 2h43 (on compte le générique dedans). Or, sur ce point, c’est clairement loupé. Une séquence en Jamaïque où Daniel Craig, mutique, est plus présent que jamais, puis une séquence d’action formidable à Cuba avec une Ana de Armas vraiment géniale en apprentie espionne pleine de surprises. Et là...

Sylvestre Picard
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Delphine et Carole, insoumuses

Tout était déjà là : ce documentaire qui suit les aventures en vidéo de l'actrice Delphine Seyrig (qui se réinvente en cinéaste féministe et voir sa carrière sabotée) et de son amie Carole Roussopoulos, ce documentaire retrace en creux les combats féministes des années 60 et 70. Et donne à la fois une sacrée pêche -par l'énergie de son actrice principale et ses positions de bon sens évident- et un bon coup de déprime -puisque tous les débats sont déjà là, depuis des décennies, et que le combat est loin d'être gagné.

Sylvestre Picard
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Le Kiosque

Ils peuplent les rues de nos villes depuis des années mais disparaissent peu à peu. Au bout de la chaîne de la crise de la presse, les kiosques se meurent dans une indifférence quasi générale. Fille, petite-fille et arrière-petite-fille de kiosquiers, Alexandre Pianelli en raconte le quotidien en s’installant à la place de la vendeuse avec son portable en guise de caméra. Plasticienne de métier, elle use sans en abuser de trouvailles malines dans sa mise en scène pour en raconter le fonctionnement.

Thierry Chèze
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Fatima

En 1917, trois enfants portugais reçoivent la vision de la Vierge Marie qui accomplit quelques petits miracles et délivre des prophéties. Les gamins vont devenir un phénomène populaire. Ce récit des apparitions de Fatima commence sous l'angle du doute (via le personnage d'Harvey Keitel, recueillant le récit d'un point de vue sceptique), et c'est très bien joué par un tas d'acteurs bien menés (toujours un plaisir de retrouver l'excellent Goran Višnjić), et plutôt bien filmé par Marco Pontecorvo, fort de son savoir-faire de directeur photo sur Rome ou Game of Thrones.

Sylvestre Picard
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7 jours

Une bande d'ados japonais décident de fuguer une semaine afin de goûter une dernière fois la liberté avant la rentrée et la séparation de leur petit groupe. En squattant une usine abandonnée, ils vont tomber sur un petit réfugié clandestin qu'ils vont protéger face aux forces de police. Bon, ce n'est sûrement pas pour son animation -propre mais désespérément banale- que 7 jours retient l'intérêt, mais pour son sujet et son écriture : cet éloge de la liberté et de l'accueil de l'autre résonne très fortement en notre époque, euh, compliquée là-dessus.

Sylvestre Picard
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Petite soeur

Amies d’enfance, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond font du cinéma ensemble depuis le milieu des années 2000. Dix ans après leur premier long, La Petite chambre, elles reviennent à la fiction avec un beau portrait de femme. Une dramaturge allemande qui a fait le choix de sacrifier sa carrière à sa famille, en suivant en Suisse son mari, directeur d’un collège huppé.

Thierry Chèze
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Gaza mon amour

Que voit-on généralement de Gaza, sinon la détresse humaine ? Sur place, le cinéma semble donc condamné à sa seule valeur documentaire pour témoigner des bombes israéliennes qui ravagent « la Bande ». Les frères jumeaux Tarzan et Arab Nasser découverts à la Semaine de la Critique avec Dégradé en 2015, préfèrent parler d’amour. Voici Issa, un pêcheur, la soixantaine fatigué et Siham, une couturière plutôt effacée. Ils se touchent d’abord du regard. Aucun des deux n’ose croire une passion possible.

Thomas Baurez
Cigare au miel : affiche
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Cigare au miel

Comment s’approprier son propre désir, face à des parents étouffants à force d’inquiétude et un petit ami aimant mais trop impatient ? Voilà la question qui traverse ce premier long dont l’action se situe en 1993, au cœur de la décennie noire algérienne. Selma, 17 ans, vit avec sa famille d’origine berbère à Neuilly et voit son cocon se fissurer. A commencer par l’équilibre familial où, face à ce qui se déroule en Algérie, son père et sa mère se divisent sur la conduite en tenir : s’y installer comme acte de résistance ou rester sagement en France ?

Thierry Chèze
Mon légionnaire affiche
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Mon légionnaire

Ici et ailleurs. Ici c’est aussi un peu ailleurs. Et les montagnes corses finissent par se confondre avec l’immensité du Sahara. Le paysage devient mental et personnifie magistralement le récit de ce deuxième long-métrage de Rachel Lang (Baden, Baden). A l’arrière, il y a des familles qui vivent dans l’attente du retour du soldat parti au combat dans un Sahel sous tension. La légion étrangère, incarnation de la droiture militaire, propose plus que tout autre une logique de la ligne franche.

Thomas Baurez
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J'ai aimé vivre là

Annie Ernaux inspire décidément les cinéastes. Quelques semaines après l’adaptation de Passion simple par Danielle Arbid, des extraits de Journal du dehors, La Vie extérieure et Les Années sont lus en off (par elle- même et les différents personnages de ce docu) constituent le fil rouge de ce film de Régis Sauder. Quatre ans après le remarquable Retour à Forbach où sa caméra explorait sa ville de naissance, il la pose cette fois- ci sa caméra à Cergy.

Thierry Chèze
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Candyman

Vous connaissez la chanson : prononcez son nom cinq fois devant un miroir, et Candyman reviendra de l’enfer pour vous planter son crochet dans la bedaine. Vingt-neuf ans après le film de Bernard Rose, Nia DaCosta (Little Woods et bientôt The Marvels chez… Marvel) prolonge l’histoire du boogeyman dans une suite aux frontières du reboot. Retour à Cabrini Green, ancienne cité insalubre de Chicago où la légende du tueur est encore dans tous les esprits. Les tours ont disparu et le quartier accueille des projets immobiliers cossus, peuplés de bobos friqués.

François Léger
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La Traversée

C’est en 2002 qu’on avait découvert Florence Miailhe avec Au premier dimanche matin, un sublime court peint au pastel mettant en scène un bal de village, en hommage au village de ses parents où elle passait ses étés. Et sa famille (ses arrières grands parents fuyant Odessa au début du 20ème siècle ou sa mère sur les routes de l’exode vers la zone libre en 1940) se retrouve – avec les récits tragiques plus récents de ces migrants forcés à fuir leur pays en guerre pour sauver leur peau - au cœur de l’inspiration de ce projet de longue haleine.

Thierry Chèze
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After love

Membre de la sélection « Hors les murs » de la Semaine de la Critique cannoise 2020, ce drame est le premier long-métrage d’un jeune cinéaste d’origine anglo-pakistanaise. After Love raconte la façon dont à la mort de son mari, une femme basée à Douvres apprend que celui-ci avait une double vie de l’autre côté de la Manche. La femme trompée décide alors de s’immiscer dans la vie de la maîtresse. Le film semble d’abord jouer sur plusieurs tableaux avec notamment des incursions fantastiques inattendues et sait maintenir ses effets pour entretenir une tension.

Thomas Baurez
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I am Greta

Enfant gâtée manipulée pour les uns, voix essentielle pour les autres, Greta Thunberg est clivante depuis son surgissement avec sa grève scolaire pour le climat. Nathan Grossman n’échappe pas à cette règle. Son camp est clair d’emblée : les pro- Greta. Mais son docu ne cherche pas pour autant à faire de la retape. Son intérêt est ailleurs, dans la plongée au cœur du réacteur puisqu’il la suit depuis bien avant sa médiatisation fulgurante.

Thierry Chèze
Cette musique ne joue pour personne : affiche
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Cette musique ne joue pour personne

D’abord il y a ce titre – l’un des plus beaux de 2021 – puis ce plaisir de retrouver Samuel Benchetrit dans cet exercice du film choral où il excelle. Après J’ai toujours rêvé d’être un gangster et Asphalte, il a imaginé ces destins croisés de personnages isolés, enfermés sur eux- même et dans une certaine violence, aux vies soudain éclairées par leur rencontre non programmé avec l’art… et l’amour.

Thierry Chèze
Flag Day : affiche
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Flag day

Sean Penn n’a jamais été un acteur qui réalise des films comme ça, en passant, pour se dégourdir les jambes. C’est un auteur, un vrai. Un héritier de la tradition beatnik, qu’il relit à l’aune d’une désespérance caractéristique de la génération X. S’inspirant de Flim-Flam Man, un livre où la journaliste Jennifer Vogel racontait sa relation complexe avec un père arnaqueur et faux-monnayeur, il revient dans Flag Day à ses thématiques favorites : l’inévitable trahison des pères, et les rébellions qui mènent dans l’impasse.

Frédéric Foubert
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Poumon vert et tapis rouge

Le concept est rigolo comme tout : pour aider le botaniste et biologiste Francis Hallé dans son combat pour sauvegarder les dernières forêts tropicales, le documentariste Luc Marescot décide d’écrire sa première fiction : The Botanist, un thriller écologique dans lequel il rêve de faire tourner Leonardo DiCaprio.

François Léger
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Eugénie Grandet

Paru en 1834, l’Eugénie Grandet de Balzac évoque spontanément bien plus les riches heures de l’ORTF qu’un long métrage de 2021. Comment s’en emparer sans s’enferrer dans le piège de la reconstitution ? Comment lui apporter une modernité sans en trahir le sens ? A ces deux questions, Marc Dugain apporte des réponses plus que convaincantes.

Thierry Chèze
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Les intranquilles

Cinq ans après L’Economie du couple qui avait reçu un très bel accueil à la Quinzaine des Réalisateurs, Joachim Lafosse était de retour sur la Croisette au mois de juillet pour un événement forcément marquant dans son parcours : sa toute première participation à la compétition cannoise. Il en est hélas reparti bredouille, le jury de Spike Lee en ayant décidé ainsi.

Thierry Chèze
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En route pour le milliard

C’est l’histoire d’une double et impossible réparation. Il y a d’abord cette indemnisation promise aux victimes de « la Guerre des Six jours de Kisangi » - affrontement sanglant sur le sol congolais entre l’armée rwandaise et ougandaise en 2000 -, qu’un groupe tente faire valoir auprès des autorités en entreprenant un long voyage vers Kinshasa. Il y a aussi ces corps meurtris, amputés qui sont autant des preuves de la brutalité dudit conflit que les stigmates d’une douleur éternellement à vif.

Thomas Baurez
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Guermantes

Christophe Honoré filme les répétitions d’un spectacle menacé par la crise sanitaire et fait intelligemment déborder le réel du cadre.

Thomas Baurez